Saïd Boudour, journaliste : « Je suis interdit de voyager et même de séjourner dans les hôtels algériens »

Le journaliste et défenseur des droits humains Saïd Boudour dénonce les nombreuses entraves auxquelles il est confronté depuis plusieurs années. Il évoque des mesures de harcèlement émanant de différents services, des campagnes de dénigrement et de menaces sur les réseaux sociaux, ainsi que l'absence de suites données aux plaintes qu'il a déposées, notamment une plainte enregistrée en mai 2021.

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Le journaliste Saïd Boudour est dans une situation kafkaïenne: Il fait toujours l'objet d'un mandat d'arrêt pour une affaire où il a été acquitté par la justice.

Ses difficultés remontent, selon son récit, à 2018. Cette année-là, il a été poursuivi dans trois affaires pénales pour lesquelles il risquait de lourdes peines, pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité. « Je n’ai jamais envisagé de fuir ou de quitter le pays. J’ai choisi de me défendre par les voies légales, de prouver mon innocence, de poursuivre mon travail de journaliste indépendant et mon engagement en faveur des droits humains », explique-t-il.

Acquitté mais toujours “recherché”

L’une des situations qu’il juge les plus incompréhensibles concerne un mandat d’arrêt émis en octobre 2019, au plus fort du Hirak. Saïd Boudour rappelle avoir été placé en détention dans cette affaire, puis jugé et acquitté. Il indique avoir obtenu un certificat de cessation de recherches, conformément aux procédures judiciaires, mais regrette que sa situation administrative n’ait jamais été régularisée.

Il affirme avoir multiplié les démarches auprès des services de sécurité, du parquet du tribunal d’Oran et d’autres autorités compétentes afin de faire appliquer les décisions de justice. En dépit de ces démarches, il assure être toujours privé de plusieurs droits élémentaires, notamment celui de voyager par avion à l’intérieur du pays ou de séjourner dans les hôtels algériens.

« Je suis empêché de prendre l’avion et même de passer la nuit dans un hôtel en Algérie », déplore-t-il. Cette situation l’oblige, selon lui, à effectuer de longs déplacements par voie terrestre pour exercer son métier, avec le risque permanent d’être interpellé au motif qu’il figure toujours parmi les personnes recherchées.

Saïd Boudour indique également avoir été reçu par le procureur général près la cour d’Oran, qui lui aurait assuré avoir saisi la direction de la sûreté de la wilaya d’Oran. Celle-ci aurait ensuite transmis un télégramme officiel aux autorités centrales, sans qu’aucune régularisation n’intervienne à ce jour. Estimant que cette situation traduit un non-respect des décisions de justice et de l’État de droit, le journaliste envisage de saisir une nouvelle fois les mécanismes compétents des Nations unies.

La liberté de circuler est un droit fondamental

Au-delà de son cas personnel, il se dit pessimiste quant à une ouverture prochaine de l’espace politique et médiatique en Algérie, malgré les efforts, selon lui, des journalistes indépendants, des défenseurs des droits humains et de l’opposition pour faire respecter l’État de droit.

Réagissant enfin aux récents appels du président Abdelmadjid Tebboune en direction des opposants vivant à l’étranger, Saïd Boudour rappelle que « la liberté de circuler est un droit fondamental, garanti par la Constitution et par les conventions internationales ».

Il souligne qu’obtenir la possibilité de voyager ne signifierait en aucun cas un départ définitif de son pays, auquel, dit-il, il demeure profondément attaché, rappelant que son père et ses grands-parents se sont battus pour sa liberté et son indépendance.

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