Le Maroc a dépassé l’Espagne dans les exportations de tomates vers l’Union européenne lors de la campagne 2025-2026, confirmant une évolution amorcée depuis plusieurs années. Selon les données compilées par le média spécialisé Hortoinfo à partir des statistiques d’ICEX et d’Eurostat, les exportations marocaines de tomates vers l’Union européenne ont atteint 493 327 tonnes lors de la campagne 2025-2026, contre 475 803 tonnes pour l’Espagne.
C’est la deuxième année consécutive que le Maroc devance son voisin sur le marché européen. En dix ans, les exportations espagnoles de tomates vers l’UE ont reculé de 37 %, tandis que les volumes marocains ont progressé de 22 %. Les prix moyens restent proches : 2,14 euros le kilo pour la tomate espagnole, contre 2,09 euros pour la tomate marocaine.
Même l’Espagne importe des tomates marocaines
Les producteurs espagnols attribuent ce recul à la hausse des coûts de production et aux exigences réglementaires européennes, qui alourdissent leurs charges face à une concurrence marocaine qu’ils jugent soumise à des contraintes moins fortes.
Le basculement dépasse le marché européen : selon la Fédération espagnole des associations de producteurs exportateurs de fruits et légumes (FEPEX), les tomates marocaines ont progressivement évincé les espagnoles du marché britannique, tandis que la même tendance apparaît en Allemagne.
La progression marocaine se traduit aussi par une hausse des importations en Espagne. Entre janvier et mai 2026, l’Espagne a importé 46 430 tonnes de tomates du Maroc, soit plus de 70 % de ses importations totales. Leur valeur a atteint 85,5 millions d’euros, près de trois fois le niveau enregistré sur la même période en 2017.
Le recul espagnol intervient dans un contexte de contestation des conditions d’accès des produits marocains au marché européen. En octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a annulé l’application des préférences tarifaires de l’accord commercial UE-Maroc aux produits du Sahara occidental, en raison de l’absence de consentement du peuple sahraoui.
Le Sahara occidental, autre front de la bataille commerciale
Elle a également établi que les tomates et les melons qui en proviennent devraient être étiquetés comme originaires du Sahara occidental, et non du Maroc. Un an plus tard, Bruxelles et Rabat ont conclu un nouvel arrangement maintenant les préférences tarifaires. Les règles d’étiquetage publiées en janvier 2026 autorisent désormais l’utilisation de noms de régions marocaines pour les produits concernés, au lieu de la mention « Sahara occidental ».
Les organisations agricoles espagnoles et européennes dénoncent un contournement des décisions de la justice européenne. La fédération espagnole (FEPEX) s’est associée à des organisations de producteurs de France, d’Italie, du Portugal et de Pologne pour s’opposer à l’arrangement.
Une initiative visant à le bloquer au Parlement européen visant à bloquer les nouvelles règles d’étiquetage a échoué à une voix de la majorité qualifiée requise, lors du vote du 26 novembre 2025. Appliqué à titre provisoire depuis octobre 2025, l’accord attend toujours l’approbation définitive des eurodéputés, sans date de vote annoncée.



