144 000 DA par mois : quelle est cette pépite publique qui paie mieux que Sonatrach ?

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Contre toute attente, c’est un réassureur peu connu du grand public qui verse les salaires les plus élevés parmi les entreprises publiques algériennes. Une étude du cabinet Finabi, fondée sur l’exploitation des rapports de gestion et des bilans comptables, place la Compagnie Centrale de Réassurance en tête avec 144 000 dinars par mois, devant Sonatrach et Air Algérie.

Dans l’imaginaire collectif, Sonatrach est l’employeur qui paie le mieux en Algérie. La lecture des bilans comptables raconte une autre histoire.

Le cabinet de conseil Finabi, qui a exploité les rapports de gestion et la comptabilité de plusieurs grandes entreprises nationales, livre un classement qui surprend. “La première entreprise n’est pas Sonatrach, mais la CCR”, indique le cabinet, précisant que “ces informations ont été obtenues en exploitant la comptabilité des entreprises.”

La Compagnie Centrale de Réassurance, filiale à 100 % du ministère des Finances, affiche un salaire moyen net de 144 000 dinars par mois. Sonatrach suit en deuxième position avec 136 000 dinars, et Air Algérie complète le podium à 121 400 dinars par mois.

Ces trois niveaux de rémunération sont sans commune mesure avec la moyenne nationale. Selon la dernière enquête disponible de l’Office national des statistiques, publiée en avril 2025 mais portant sur des données collectées en mai 2022, le salaire net moyen tous secteurs confondus s’établit à 43 500 dinars par mois. En l’absence de données plus récentes, ce chiffre reste la référence officielle disponible, soit moins du tiers des rémunérations versées au sein de ces trois entreprises publiques.

Comparer la CCR et Sonatrach, c’est comparer deux ADN opposés

Les chiffres du cabinet Finabi sont indiscutables sur le plan comptable. Mais ils appellent une lecture nuancée. “La CCR est une boutique de haute technicité. Ses moins de deux cents salariés sont quasi exclusivement des experts, actuaires, souscripteurs, analystes financiers, dont les profils sont rares sur le marché algérien. Cette concentration de compétences tire naturellement la moyenne salariale vers le haut”, explique un expert en comptabilité, interrogé par Maghreb Emergent.

Sonatrach est une tout autre réalité. Le géant pétrolier emploie 41 204 salariés sur son seul périmètre propre, et environ 200 000 en intégrant l’ensemble de ses filiales et participations. Cette pyramide d’emplois intègre des milliers d’agents d’exécution et de techniciens dont le nombre dilue statistiquement les hauts salaires des ingénieurs et cadres dirigeants. En d’autres termes, la CCR ne bat pas Sonatrach parce qu’elle paie mieux ses experts. Elle le bat parce qu’elle ne compte presque que des experts.

Air Algérie, la vraie surprise

C’est là que le classement prend une autre dimension. Car si l’écart CCR-Sonatrach s’explique par cette distorsion structurelle, le cas d’Air Algérie est plus troublant. Avec 8 315 salariés déclarés en 2023 par son PDG Yacine Benslimane devant la Commission des transports de l’APN, en baisse par rapport aux 8 799 de 2019, la compagnie aérienne nationale affiche un salaire moyen de 121 400 dinars. Un effectif qui comprend pourtant une large proportion d’agents au sol, de personnels administratifs et de techniciens de maintenance aux grilles bien inférieures à celles des pilotes. Même en intégrant cet anti-biais, le chiffre reste effarant. C’est Air Algérie, et non la CCR, qui constitue la véritable surprise de ce classement.

Une opacité contournable

Ce que révèle en creux l’étude Finabi est peut-être plus significatif que le classement lui-même. Ces données sont inscrites dans des documents légalement déposés et accessibles. Mais ni l’État actionnaire, ni les entreprises concernées ne les publient sous une forme lisible. C’est un cabinet privé qui a dû reconstituer ce panorama par la seule lecture des bilans.

Une précision méthodologique s’impose toutefois. Les chiffres avancés par Finabi sont calculés à partir de la masse salariale comptable rapportée aux effectifs. Ils reflètent un coût salarial moyen par employé, qui peut légèrement différer du salaire net perçu selon le traitement comptable des charges et avantages en nature. Ils n’en restent pas moins la seule approximation disponible en l’absence de toute publication officielle des grilles de rémunération de ces entreprises publiques.

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