Moins d’un an après avoir décidé de porter à quatre ans la périodicité de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), la Confédération africaine de football (CAF) revient sur sa réforme. Réuni jeudi, son Comité exécutif a décidé à l’unanimité de rétablir une organisation tous les deux ans.
Dans un communiqué publié au terme de la réunion, l’instance dirigeante du football africain a annoncé que la Coupe d’Afrique des nations se tiendrait de nouveau tous les deux ans, abandonnant ainsi le principe d’une périodicité quadriennale adopté en décembre 2025.
« Le Comité exécutif de la Confédération Africaine de Football (CAF) a décidé à l’unanimité, ce jeudi, que la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) se tiendra de nouveau tous les deux ans », indique le communiqué de l’instance.
Ce revirement intervient après plusieurs mois de contestation de la réforme, qui devait entrer en vigueur après l’édition 2027, organisée conjointement par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. La décision initiale visait notamment à réaménager le calendrier des compétitions internationales et à introduire une nouvelle compétition, la Ligue des nations africaine, appelée à prendre le relais de la CAN dans le dispositif biennal.
Mais la CAF reconnaît désormais que cette nouvelle compétition ne pourra pas générer rapidement les ressources nécessaires pour assurer le financement du football africain. C’est cette incertitude qui constitue l’argument central avancé pour justifier le retour à l’ancien format.
Dans sa déclaration, le président de la CAF, Patrice Motsepe, explique que l’instance était préoccupée par « le nombre d’années nécessaires » avant que la Ligue des nations africaine puisse produire des retombées financières suffisamment importantes pour soutenir le développement du football continental et garantir l’autonomie financière des compétitions.
Le dirigeant sud-africain affirme que le rétablissement du rythme biennal doit permettre de préserver les intérêts des 54 associations membres de la CAF, mais aussi ceux des joueurs africains évoluant dans des clubs hors du continent.
Un revirement qui ravive les interrogations sur l’influence de la FIFA
Ce retour en arrière intervient alors que la décision de passer à une CAN quadriennale avait suscité de vives critiques. Annoncée en décembre 2025, la réforme avait été perçue par ses détracteurs comme une concession aux exigences du calendrier international, notamment à celles qui concernent les grands championnats européens et les clubs employeurs des internationaux africains.
Le changement de périodicité avait également alimenté les interrogations sur l’autonomie de la CAF vis-à-vis de la Fédération internationale de football (FIFA), présidée par Gianni Infantino. Patrice Motsepe, qui occupe également la fonction de vice-président de la FIFA, avait dû défendre publiquement la réforme et rejeter les accusations d’une influence excessive de l’instance mondiale.
Les relations entre les deux dirigeants sont régulièrement au centre des débats. Début août 2026, le Comité exécutif de la CAF avait réaffirmé à l’unanimité son soutien à Gianni Infantino, alors fragilisé par la polémique autour de son projet FIFA Forward Enterprise, qui envisageait de faire appel à des investisseurs privés pour monétiser une partie des revenus commerciaux de la Coupe du monde. Le projet avait suscité des oppositions au sein d’autres confédérations.
Quelques semaines plus tard, lors de la conférence stratégique de la CAF organisée au Cap-Vert du 7 au 9 octobre, Patrice Motsepe avait de nouveau affiché son soutien au président de la FIFA, allant jusqu’à annoncer que le football africain le soutiendrait lors de la prochaine élection à la tête de l’instance mondiale.
Dans ce contexte, le changement de format de la CAN avait nourri les soupçons de ceux qui estimaient que les intérêts du football africain risquaient de passer au second plan face aux priorités du calendrier mondial. Le retour à une périodicité biennale constitue donc un désaveu de la réforme initiale, même si la CAF présente officiellement sa décision comme une mesure de protection des intérêts financiers du continent.
Le revirement soulève aussi des questions sur la méthode de décision de l’instance. Comment une réforme aussi structurante a-t-elle pu être adoptée avant que la viabilité économique de la compétition censée la remplacer soit suffisamment établie ? Et dans quelle mesure les fédérations membres ont-elles été associées à la décision initiale ?
La révision annoncée par Motsepe au début du mois d’octobre, puis entérinée par le Comité exécutif, témoigne en tout cas des difficultés de la CAF à imposer durablement une transformation majeure du calendrier continental.
Le précédent de la CAN 2025, une crise qui a fragilisé l’image de la CAF
Ce nouvel épisode intervient également dans le prolongement de la controverse entourant la finale de la CAN 2025 au Maroc. La rencontre entre le Sénégal et le pays organisateur avait été marquée par des incidents, notamment le retrait temporaire des joueurs sénégalais du terrain après une décision arbitrale contestée. Le Sénégal avait finalement remporté le match 1-0 après prolongation.
Mais, le 17 mars 2026, le Jury d’appel de la CAF a annulé la décision disciplinaire précédente et déclaré le Sénégal forfait, homologuant le résultat sur le score de 3-0 en faveur du Maroc. Cette décision, prise plusieurs semaines après la finale, a provoqué une vive polémique et remis en cause la crédibilité des instances disciplinaires de la confédération.
La Fédération sénégalaise a contesté cette décision, tandis que la controverse a alimenté les critiques sur la transparence et l’indépendance des organes juridictionnels de la CAF. Le président de l’instance avait lui-même reconnu, en janvier, sa profonde déception face aux incidents de la finale, tout en affirmant respecter les décisions de ses organes judiciaires.
La crise a ainsi placé la CAF sous une pression accrue, au moment même où elle tentait de défendre une réforme controversée de son calendrier et de rassurer sur sa capacité à gérer les compétitions continentales.
Le retour à une CAN tous les deux ans apparaît donc comme une décision à la fois financière et politique. Financière, parce que la future Ligue des nations ne garantit pas, à court terme, les recettes espérées. Politique, parce que la confédération doit répondre aux critiques de ses fédérations membres et restaurer la confiance après une succession de controverses.
Selon le calendrier annoncé par Patrice Motsepe, la prochaine CAN aura lieu en 2027 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Les éditions suivantes sont prévues en 2028, 2031 et 2033. La CAF précise que la phase finale de la CAN et celles d’autres compétitions de sélections nationales pourraient ne pas se tenir durant l’année de la Coupe du monde 2030, conformément à la pratique de la FIFA.
Reste à savoir si ce retour au format traditionnel permettra à la CAF de stabiliser ses revenus et de restaurer sa crédibilité, ou s’il ne fera que repousser les difficultés liées au financement du football africain et à la place de ses compétitions dans le calendrier international.



