La CAF de Motsepe…ou la “Trumpisation” du football africain

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De gauche à droite : Gianni Infantino, président de la FIFA, Patrice Motsepe, président de la CAF, et Fouzi Lekjaa, président de la Fédération Royale Marocaine de Football. © FRMF

Dans sa forme brutale et totalement inattendue, la décision de la CAF de changer de vainqueur de la CAN 2025 deux mois après la finale de Rabat ne peut pas, dans le contexte mondial actuel, ne pas faire penser à un acte trumpien, unilatéral et insensé.

Mais au-delà de ce parallélisme des formes, il existe bien des connexions aussi symboliques que réelles, via la FIFA de Gianni Infantino et le Maroc de Mohammed VI, qui imbibent le fonctionnement de l’instance gérant le football continental d’un mélange d’autoritarisme et d’affairisme tout à fait conforme à l’ère « culturelle » de Donald Trump. Et lorsqu’on y regarde bien, la décision du 17 mars de déshériter le Sénégal au profit du Maroc ne tombe pas du ciel.

Le business model de Zurich comme boussole continentale

Pourquoi la CAF a-t-elle pris le risque d’une décision qui, à n’en pas douter, en fera la risée de la planète football ? La réponse réside dans l’infléchissement de la hiérarchie des intérêts au sein de l’instance cairote. Sous l’ère Motsepe, le développement du football africain ne se mesure plus à l’équité sportive, mais à sa capacité de connexion au modèle économique global de la FIFA.

Dans cette configuration, une prime est accordée aux nations « hubs » : l’Afrique du Sud et le Maroc. Ce sont les deux seuls pays ayant accédé au statut privilégié d’organisateur et de co-organisateurs de la Coupe du Monde, devenant de facto les courroies de transmission des intérêts de Zurich sur le continent.

Cette filiation organique entre Infantino, Motsepe et Fouzi Lekjaa a produit son premier séisme en janvier dernier avec le passage forcé de la CAN à un cycle quadriennal. Un coup de tonnerre qui a révélé l’ascendant total de la FIFA sur le calendrier africain. En libérant de l’espace pour les nouvelles compétitions de clubs de la FIFA, la CAF sacrifie sa propre identité sur l’autel du business global. En contrepartie, la FIFA promet d’augmenter ses subventions — environ 30 millions de dollars annuels — pour éponger le manque à gagner. Cet arrangement, imposé en dehors des instances délibératives larges, aurait dû alerter sur cette trajectoire de vassalisation et sur la brutalisation d’un style de gouvernance où le fait accompli prime sur le consensus.

Le TAS face au dogme de la « vérité du terrain »

C’est pourtant sur ce terrain glissant que le Sénégal compte porter la riposte. En saisissant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), la fédération sénégalaise dispose d’arguments de poids. Si la CAF s’abrite derrière une interprétation ultra-rigide des articles 82 et 84 pour valider les réserves marocaines, elle oublie un principe sacro-saint de la FIFA : la primauté du résultat technique final. L’arbitre n’ayant pas sifflé la fin du match lors de l’interruption, le score acquis sur la pelouse devrait, selon la jurisprudence constante, rester souverain.

Le droit du sport consacre l’idée qu’on ne revient pas sur une décision de terrain entérinée par l’officiel de match. De plus, les troubles en tribunes entre supporters sénégalais et stadiers, ayant débordé sur la pelouse, constituaient un cas de force majeure justifiant la suspension temporaire de 17 minutes.

Le fait que des cadres comme Sadio Mané soient restés sur le rectangle vert atteste de la volonté de jouer. Pour le TAS, la question sera simple : une interprétation administrative peut-elle effacer une réalité sportive consommée ? La réponse pourrait bien plonger la CAF dans un embarras juridique mondial.

L’ombre toxique de l’axe Infantino-Trump

Au-delà du cas sénégalais, les dégâts sur l’image du football continental sont abyssaux, car la FIFA d’Infantino est totalement engagée dans ce « mauvais film ». La proximité affichée du président de la FIFA avec Donald Trump, à qui il a osé décerner un « prix de la paix », devient hautement toxique à l’approche du Mondial 2026. Dans un contexte de tensions migratoires et de menaces sur les visas pour les ressortissants de nombreuses nations, l’alignement de la FIFA sur l’agenda politique de Washington crée un climat délétère.

Le Maroc, pilier de la stratégie d’Infantino et futur co-hôte du Mondial 2030, se retrouve au cœur d’une manœuvre qui dépasse le cadre d’un simple penalty contesté. La décision de la CAF du 17 mars ne fait qu’accentuer le sentiment d’une politisation outrancière de la gestion du football. En sacrifiant l’éthique sportive sur l’autel de la Realpolitik et des réseaux d’influence, l’instance africaine achève sa mue. Pour le football du continent, ce n’est plus de la gestion : c’est une trumpisation galopante, brutale, imprévisible et fondamentalement déconnectée de la base.

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