De la mobilisation générale… aux troupes au Niger, comment l’Algérie a durci son arsenal sécuritaire en 15 mois

En moins d’un an et demi, l’Algérie a pris une série de décisions sécuritaires et législatives qui, prises dans leur ensemble, semblent marquer un changement dans la conception que l’État se fait de sa sécurité intérieure et de son voisinage. Chacune suit pourtant un parcours juridique différent, et certaines restent à mettre en œuvre. Retour sur les dates et les étapes de chacune.

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Mobilisation générale, déchéance de nationalité, prison saharienne, peine de mort et troupes au Niger, cinq décisions en quinze mois. (Illustration)
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Mobilisation générale. Tout est parti de la loi sur la mobilisation générale. Le Conseil des ministres a approuvé le projet le 20 avril 2025, puis l’Assemblée populaire nationale (APN) l’a adopté à l’unanimité le 16 juin 2025 et le Conseil de la nation lui a donné son feu vert le 8 juillet 2025. Datée du 19 juillet 2025, la loi n° 25-05 a été publiée au Journal officiel n° 47 du 22 juillet 2025.

Le texte permet au président de la République de décréter la mobilisation générale en Conseil des ministres, soit en cas de menace imminente contre les institutions constitutionnelles, l’indépendance nationale ou l’intégrité du territoire, soit en cas d’agression avérée ou imminente. Pendant les débats, des responsables politiques ont insisté sur le fait que cette loi n’avait pas vocation à s’appliquer dans l’immédiat et qu’elle fixait seulement le cadre juridique dans lequel l’État organiserait sa réponse.

Déchéance de nationalité, une initiative parlementaire

Cette fois, le mécanisme a été différent. L’initiative s’inscrit elle aussi dans l’évolution politique et sécuritaire du pays, mais elle ne vient pas du gouvernement. Elle émane de députés de l’APN issus de groupes parlementaires qui soutiennent le pouvoir, et ceux-ci ont repris une mouture d’un projet gouvernemental présenté au printemps 2021. Le bureau de l’Assemblée a transmis la proposition en quatre jours seulement. L’APN l’a adoptée à la majorité absolue le 24 décembre et le Conseil de la nation à l’unanimité le 22 janvier 2026.

La loi est entrée en vigueur après sa signature par le président de la République et sa publication au Journal officiel, ce qui, d’après les calculs établis à la date du présent article, situe cette entrée en vigueur à la fin février 2026.

Le texte autorise le retrait de la nationalité acquise comme de la nationalité d’origine, dès lors qu’il existe des indices sérieux d’actes graves commis à l’étranger. Pour la nationalité d’origine, la personne visée doit toutefois en posséder une autre, sauf exceptions qui concernent notamment les crimes de trahison et d’espionnage. La déchéance est prononcée par décret présidentiel, après une mise en demeure qui invite la personne à cesser les actes qui lui sont reprochés dans un délai maximal de soixante jours.

Le texte a suscité une large opposition chez des personnalités politiques et des défenseurs des droits humains, qui craignent une atteinte à un droit constitutionnel fondamental.

Une prison dans le Sahara, une décision sécuritaire sans passage par le Parlement

La transformation d’une caserne de Tinzaouatine, à quelques kilomètres de la frontière malienne et à près de 2 000 kilomètres du littoral algérien, a été décidée sans que le Parlement soit saisi.

Le mercredi 2 septembre 2026, la présidence a annoncé la tenue d’une réunion du Haut Conseil de sécurité, sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune. Le chef de l’État a décidé de convertir cette caserne de l’armée, située dans la région de Bordj Badji Mokhtar, à l’extrême sud du pays, en prison de haute sécurité pour les barons de la drogue et leurs trafiquants. La même réunion a aussi acté la création d’un organisme spécialisé dans la lutte contre les stupéfiants.

Peine de mort, une nouvelle loi sans exécution annoncée

Après les incendies d’une ampleur considérable qui ont ravagé de vastes zones des wilayas de Jijel et de Béjaïa, à l’est de la capitale, le président Tebboune a ordonné au ministre de la Justice, fin août 2026, de modifier le Code pénal pour prévoir la peine de mort contre les auteurs d’incendies de forêt.

L’APN a adopté l’amendement à la majorité le jeudi 1er octobre, et le Conseil de la nation l’a approuvé à l’unanimité le mercredi suivant, 7 octobre. Le texte est ensuite passé devant le Conseil constitutionnel, puis le président l’a signé. Promulgué sous le numéro 26-13, il a été publié au Journal officiel n° 72.

L’amendement ajoute spécifiquement les crimes d’incendie de forêt et d’enlèvement d’enfants. La peine de mort figurait déjà dans le Code pénal, qui compte environ seize articles la mentionnant, et l’Algérie n’a procédé à aucune exécution depuis 1993. Le président a néanmoins déclaré que les condamnés devaient être exécutés dès l’épuisement de leur droit de recours.

Niger, le premier envoi d’unités militaires à l’étranger

L’article 91 de la Constitution, dans sa version révisée en 2020, habilite le président de la République à envoyer des unités de l’armée à l’étranger, sous réserve de l’approbation des deux chambres du Parlement à la majorité des deux tiers.

Le dimanche 25 octobre, le Conseil de la nation a approuvé, lors d’une séance extraordinaire à huis clos, l’envoi d’une unité militaire au Niger pour protéger les installations pétrolières de Sonatrach. Le vote a recueilli 148 voix sur 174 membres.

Cette décision répond à une demande des autorités nigériennes et s’appuie sur l’article 45 de la Charte de la refondation du Niger, adoptée après la suspension de la Constitution à la suite du coup d’État de 2023 contre l’ancien président Mohamed Bazoum. Elle intervient aussi après l’échec d’une tentative de coup d’État au Niger, le 29 août dernier, dans un contexte de renforcement des relations sécuritaires entre les deux pays.

Le président Tebboune a annoncé la décision le lundi 26 octobre, selon un communiqué de la présidence. Plusieurs observateurs y voient une évolution de l’approche algérienne, traditionnellement fondée sur la diplomatie et réservée à l’égard de toute intervention militaire hors des frontières.

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