Bras de fer UEFA-FIFA : Motsepe risque d’importer la crise à la CAF s’il cherchait à sauver Infantino

Face aux vives tensions entre l'UEFA et la FIFA, Patrice Motsepe pourrait être tenté de soutenir Gianni Infantino. Mais affaibli par les divisions internes de la CAF et l'affaire de la CAN 2025, le patron du football africain risque de plonger son institution dans une crise inédite.

Maghreb Emergent
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Motsepe,dont le capital politique est déjà entamé prendrait un gros risque à soutenir Infantino (dr)

La crise ouverte à la FIFA a changé d’échelle en quarante-huit heures. L’UEFA a annoncé samedi 1er août une perte de confiance envers la direction actuelle de la FIFA, au lendemain de l’abandon forcé, vendredi 31 juillet, d’un projet évalué à 15 milliards de livres visant à céder une participation dans les activités commerciales de la Coupe du monde. Ce qui restait, il y a une semaine encore, un désaccord technique sur l’ouverture du capital des compétitions à des investisseurs privés est devenu un affrontement sur la personne même de Gianni Infantino. Selon les informations relayées par le Telegraph, l’instance européenne envisage désormais de convoquer un Congrès extraordinaire pour voter sa destitution s’il ne démissionne pas de lui-même.

Ce que disent les statuts, et une majorité qui pourrait ne pas se reproduire

L’article 25 des statuts de la FIFA impose la convocation d’un Congrès extraordinaire dès qu’un cinquième des associations membres — 43 sur 211 — en fait la demande, et la destitution du président nécessite ensuite une majorité simple de 106 voix sur les 211 fédérations appelées à voter. Sur ce strict plan arithmétique, l’Europe n’a même pas besoin de convaincre l’Afrique : 143 associations s’étaient déjà opposées au projet commercial d’Infantino, dont les 55 de l’UEFA, 47 de la Confédération asiatique et 41 de la CONCACAF — un total qui dépasse à lui seul la barre fatidique. Mais un vote sur un montage financier et un vote de défiance contre un président en exercice ne relèvent pas du même registre politique. Le premier sanctionnait un projet ; le second engage une loyauté personnelle, des carrières, des équilibres de financement bilatéraux entretenus depuis dix ans. Rien ne garantit que la coalition asiatique et nord-américaine, réunie contre un plan, se retrouve à l’identique pour destituer un homme.

Une Afrique divisée derrière un allié encombrant

C’est là que le soutien de Patrice Motsepe pèse, sans pour autant sceller l’issue. Le président de la CAF a multiplié ces dernières semaines les déclarations de loyauté personnelle envers Infantino, louant son engagement envers le football africain et l’élargissement du Mondial à 48 équipes. Une position assumée, presque affective, mais qui engage la CAF davantage qu’elle ne l’unifie. Les 54 fédérations africaines ne votent pas comme un seul homme : chacune arbitre en fonction de ses propres rapports avec Zurich, de ses financements FIFA Forward, de ses relations bilatérales avec l’Europe ou l’Asie, et des rivalités internes au continent. Un soutien de principe affiché par Motsepe à un sommet ne se traduit pas mécaniquement par 54 bulletins identiques dans l’isoloir d’un Congrès extraordinaire.

Motsepe, un capital politique déjà entamé

Le pari est d’autant plus risqué que Motsepe n’aborde pas ce bras de fer en position de force. Plusieurs recoupements récents évoquent un isolement croissant du président sud-africain au sein de sa propre confédération, jusqu’à des tensions avec Infantino lui-même sur des dossiers arbitraux sensibles impliquant l’UEFA. S’il choisit de mouiller le maillot pour sauver la présidence d’Infantino, il le fera donc avec un crédit interne déjà écorné — et sur un continent où le contentieux ne manque pas de venin. Le litige né de la finale de la CAN 2025 à Rabat en est l’illustration la plus vive : après un but sénégalais décisif sur le terrain, le jury d’appel de la CAF a inversé le résultat au profit du Maroc pour forfait, provoquant un appel du Sénégal devant le TAS toujours pendant. Cette fracture, qui oppose deux poids lourds du football continental et interroge la crédibilité des instances disciplinaires de la CAF, rend l’arbitrage africain sur la gouvernance de la FIFA d’autant plus fragmenté : Motsepe ne pourra pas mobiliser un continent en son nom quand une partie de ce continent conteste déjà ses propres décisions.

Un dénouement qui pourrait se jouer avant tout vote

Le scénario le plus probable n’est peut-être pas celui d’un scrutin à 211 voix, mais celui d’un règlement de compte en coulisses, avant même la convocation formelle du Congrès. C’est dans ces négociations discrètes que le poids réel des voix africaines sera testé — moins pour compter des bulletins que pour crédibiliser une sortie honorable ou, au contraire, acter un rapport de force déjà tranché. Car l’Europe, minoritaire en nombre de fédérations, reste incontournable par la valeur : championnats, clubs, diffuseurs, recettes commerciales. Une victoire électorale d’Infantino obtenue à l’arraché, contre la volonté déclarée de l’UEFA et de ses alliés sud-américains, ouvrirait une présidence sous perfusion politique — légitime dans les urnes, mais orpheline de la partie du football mondial qui en finance l’essentiel.

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