À Sétif et Tizi Ouzou, les supporters ne veulent plus de Sonelgaz et Mobilis, mais…

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À Sétif, les supporters affichent leur rejet de la tutelle financière et réclament une véritable vision sportive pour leurs clubs. Photo: Capture écran

Le lundi 11 mai 2026, les rues de Sétif ont bruissé d’une colère devenue familière dans la capitale des hauts plateaux. Des centaines de fans de l’Entente de Sétif (ESS) se sont rassemblés devant le siège de Sonelgaz à El Hassi pour réclamer le départ pur et simple de l’actionnaire majoritaire.

À Tizi Ouzou, le climat est tout aussi électrique : les supporters de la JS Kabylie (JSK) multiplient les appels à la mobilisation pour chasser Mobilis, propriétaire du club depuis mars 2023. Malgré l’installation récente d’une nouvelle direction, le scepticisme domine : après trois ans sans la moindre consécration et surtout au terme d’une saison où les résultats ont reculé , la patience des fans du club le plus titré du pays est à bout.

Ces « rebellions » de supporters contre les actionnaires de leur clubs sont loin d’être une première dans l’histoire récente du football national. En février 2021, le géant Sonatrach avait subi un assaut spectaculaire de son siège à Hydra par des supporters du MC Alger, excédés par une gestion jugée bureaucratique. Alors que la stratégie d’adossement des clubs de Ligue 1 aux entreprises publiques, généralisée sous l’impulsion du président Tebboune, visait la stabilité, elle se heurte aujourd’hui, dans deux bastions historiques, à une fronde populaire qui remet en question la pertinence de la gouvernance étatique.

Le succès comme contre-argument : l’exception Madar et Sogeport

Pourtant, l’analyse doit être nuancée : le modèle de propriété publique n’est pas synonyme d’échec systématique. Plusieurs exemples démontrent qu’une entreprise d’État peut rimer avec gloire sportive. Le Groupe Madar a transformé le CR Belouizdad en une machine à gagner, enchaînant quatre titres de champion consécutifs, une coupe d’Algérie, et deux quarts de finale de Ligue des Champions africaine.

De son côté, Sogeport a permis à l’USMA de décrocher sa première Coupe de la CAF et de rester en lice pour une seconde cette semaine au Caire contre le Zamalek . Même le MCA, après les remous de 2021, semble avoir trouvé son rythme de croisière sous l’égide de Sonatrach avec trois titres de rang de champion d’Algerie. Ces réussites suggèrent que le problème ne réside pas dans la nature du capital, mais dans la manière dont il est administré. Là où la stabilité du management et l’autonomie sportive ont été durablement préservées, les résultats ont suivi, créant un fossé de performance entre les « bons élèves » et ceux qui s’embourbent dans des transitions interminables.

L’impasse de l’alternative : un privé aux abonnés absents

Si la colère des supporters de la JSK et de l’ESS est légitime, elle se heurte à une réalité brutale : l’absence d’alternative fiable. Depuis le Hirak et la chute des oligarques de l’ère Bouteflika, le capital privé a déserté le football professionnel, craignant l’exposition médiatique et le risque social.

Cette frilosité est accentuée par une barrière à l’entrée devenue infranchissable : l’explosion des budgets. Pour la saison 2025-2026, les charges des grands clubs (MCA, USMA, CRB, JSK) oscillent entre 110 et 160 milliards de centimes. Avec une masse salariale dépassant souvent 70 % du budget total et des salaires de “stars” oscillant entre 5 et 7 millions de dinars par mois, aucun investisseur privé algérien n’est prêt à éponger de tels déficits à perte. Sans les entreprises publiques pour injecter ces fonds massifs, la plupart des clubs historiques risqueraient tout simplement le dépôt de bilan.

Un écosystème stérile : le poids des revenus dérisoires

Le mal profond du football algérien dépasse l’identité de ses propriétaires ; il réside dans l’incapacité de l’écosystème à générer de la richesse. Quel que soit le gestionnaire, les revenus restent dérisoires face aux dépenses. Le monopole de l’EPTV sur les droits TV maintient les recettes à un niveau squelettique : un club comme le MCA ne perçoit qu’environ 4 milliards de centimes par an, soit à peine le coût annuel d’un seul joueur moyen.

La billetterie, faute d’un système d’abonnement moderne, ne couvre qu’une infime partie des charges. Elle a été rabotée un peu plus cette saison par une exagération sécuritaire qui a multiplié les huit clos et maintenu une jauge à 75% de la contenance des stades. Le merchandising est quant à lui dévoré par la contrefaçon, tandis que la plus-value sur les transferts demeure marginale si on exclu le modele du Paradou AC. Le championnat algérien peine à exporter ses talents vers

l’Europe ou le Golfe contre des indemnités substantielles. En somme, le football algérien consomme de la valeur sans en produire, condamnant les propriétaires à un rôle de mécène malgré eux.

Trouver le curseur de la tutelle au management sportif

L’enjeu pour Sonelgaz à Sétif ou Mobilis à Tizi Ouzou n’est donc pas forcément de partir, mais de faire évoluer leur gouvernance vers un mode « privé délégué ». Les supporters ne réclament pas seulement de l’argent, ils exigent de la compétence. L’analyse des cycles récents montre que la gestion directe par des cadres d’administration détériore le climat sportif.

À l’inverse, une direction qui reste dans la stratégie tout en confiant les clés du terrain à des staffs professionnels et stables -comme cela fut le cas lors des cycles victorieux du CRB sous Madar et en ce moment avec Hadj Redjem au MCA -garantit « la paix sociale ».

La transition entre une « gestion administrative rigide » (tâtonnements actuels à la JSK) et une « gestion par résultats » ( retour de Alik à la tête du management ) . Le propriétaire gagnerait a se conduire en partenaire financier stratégique plutôt qu’une tutelle bureaucratique. C’est à cette seule condition que le modèle étatique pourra survivre à la contestation populaire et transformer la ferveur des gradins en un véritable projet de club professionnel.

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