Macron suggère de dissocier le partenariat franco-algérien des relations avec le Maroc

À moins d’un accident — toujours possible dans les relations entre Paris et Alger, et à plus forte raison dans le contexte pré-électoral français — l’Algérie et la France prennent, à défaut d'une réconciliation, le chemin de l’apaisement.

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Macron : “Il y a eu beaucoup de montées en tension, beaucoup de décisions qui ont été dures de part et d'autre (...) le but c'est d'en sortir”. (Capture d’écran Brut-Afrique)

Le président français, Emmanuel Macron, a confirmé son ambition d’aller vers une stabilisation de la relation algéro-française avant la fin de son mandat (le 13 mai 2027) dans une déclaration à Brut Afrique au sommet Africa Forward à Nairobi, au Kenya. Le dégel est, de fait, déjà engagé avec le retour de l’ambassadeur Stéphane Romatet.

L’un des premiers actes de ce dernier a été de se recueillir à Sétif pour la commémoration des massacres du 8 mai 1945, en compagnie d’Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées et aux Anciens combattants. Autre signal : le journaliste Christophe Gleizes a reçu la visite du consul général de France à Alger. « Je pense qu’on est en train de réenclencher une dynamique positive », a assuré Emmanuel Macron. Alors que l’un des éléments de la crise récente réside dans la reconnaissance par la France de la « marocanité » du Sahara occidental, le président suggère de déconnecter la relation bilatérale des rapports entre Paris et Rabat.

Pour lui, le partenariat avec l’Algérie peut et doit exister pour lui-même : « La relation franco-algérienne est une relation d’avenir qui doit être regardée pour elle-même, sans regarder ce qui est fait avec les voisins. » Il prône une avancée sur la mémoire, l’éducation, l’économie et une coopération « très réalisée » sur les sujets de migration et de sécurité qu’il juge communs.

Le Sahara n’est pas le seul sujet de frictions

Le chef de l’État français pourrait faire valoir que l’Algérie a bien repris un cours normal de ses relations avec l’Espagne malgré son « giro » (virage) pro-marocain. Cependant, les points de friction ne se limitaient pas au Sahara occidental, d’autant qu’à Alger, personne ne se faisait d’illusions sur le positionnement historique de Paris, le dossier étant par ailleurs désormais largement piloté par Washington.

Sur cette crise — la plus grave depuis l’indépendance — Macron laisse entendre que les torts sont partagés et que la relation est parasitée par les enjeux de politique intérieure. « Quand il y en a un qui durcit, l’autre durcit en réponse », analyse-t-il. Selon lui, la question algérienne en France et la question française en Algérie ne relèvent pas strictement des « relations étrangères », ce qui complexifie tout.

Ce constat peut toutefois être relativisé : en Algérie, les intrusions dans le « domaine réservé » de la politique étrangère sont quasiment inexistantes, alors qu’en France, avec l’épisode Retailleau, elles s’expriment jusqu’au cœur de l’exécutif.

Le but est de sortir de la crise

« Il y a eu beaucoup de montées en tension, beaucoup de décisions qui ont été dures de part et d’autre. J’entends parfois les Français dire : “vous avez été trop gentils avec l’Algérie”. » Évoquant les crises sur les visas et les laissez-passer consulaires, le président a affirmé ne pas vouloir s’attarder sur cet épisode car « le but c’est d’en sortir », se disant optimiste quant à la réussite de ce processus avec le président Tebboune.

Si la volonté d’apaisement semble exister des deux côtés, le train peut encore dérailler. Comme par le passé, des embuscades électorales menées par les courants de Retailleau ou de Le Pen pourraient compromettre cette trajectoire fragile avant l’échéance de 2027.

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