Alger-Paris, une année pour se sauver de l’hiver diplomatique Lepeniste

Dans une année, l’Algérie devra traiter avec un chef d’État français Lepeniste. C’est en tout cas, à l'heure actuelle, le scénario le plus probable selon les sondages. Cette perspective est-elle enfin devenue un sujet pour la diplomatie algérienne vis-à-vis de Paris ?

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Le retour de l’ambassadeur de France à Alger, Stephane Romatet,  après la visite d’une délégation du Medef, succédant elle-même à une autre, du ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, laisse penser que la normalisation de la relation entre les deux capitales avance. Elle reste, en vérité, loin de l’élan nécessaire pour régler ce qui peut l’être durant la dernière année du second mandat d’Emmanuel Macron.

Elle parait aussi immensément tardive pour infléchir la tendance et la séquence Retailleau lorsque les tensions entre Alger et Paris servaient au quotidien le narratif électoraliste d’extrême droite. La normalisation, côté algérien, se fait à pas de loup. Les médias publics, dont l’APS, ont couvert avec retenue la visite de l’ambassadeur de France à Sétif vendredi dernier, à l’occasion de la commémoration du déclenchement des massacres du 8 mai 1945.

C’est dire si l’agenda d’Alger ne semble toujours pas être aligné sur l’échéance présidentielle française.  Et donc pas animé par l’option politique de ne pas servir d’alibi consentant à la campagne xénophobe anti-algérienne de la fachosphère agglutinée autour du Rassemblement National de Marine Le Pen. 

Une année avant l’hibernation

Le temps est serré. Les dossiers en suspens sont nombreux. Certains attendront. Les occasions manquées sur le registre de la réconciliation mémorielle sont durablement perdues. La normalisation tiède en cours a peu de chance de reprendre le fil rompu de cet atelier. Il faut donc sans doute ne pas s’attendre à des restitutions spectaculaires d’objets algériens spoliés durant la colonisation  ou à de nouvelles  reconnaissances de crimes comme celles des cas de Maurice Audin et d’Ali Boumendjel.

La fin de l’ère Macron est contrainte sur ce front et l’hiver diplomatique qui se profile en 2027 entre Alger et Paris va enterrer cette question durant au moins cinq ans. Le reste peut bouger. Vu d’Alger a minima, les dossiers de la circulation des citoyens, des préjudices des essais nucléaires ou de la révision de l’accord d’association auquel le président Tebboune a fait allusion au rôle hostile de Paris.

Vu de Paris, toujours sous a minima,  les OQTF, la non-discrimination des entreprises françaises, la sécurité de l’investissement et des approvisionnements énergétiques. Il y a beaucoup à négocier et à faire avancer entre les deux capitales. Le couperet des présidentielles du printemps prochain menace les deux parties autour de la table. Le dernier gouvernement sous Macron peut toujours insinuer qu’Alger gagnerait à conclure avec lui car il ne trouvera peut-être plus d’interlocuteur à Paris dans un an. Le pouvoir algérien peut tout aussi bien rétorquer qu’il peut aider le camp républicain à conserver l’Élysée. Sous certaines conditions.

Une normalisation toujours entravée

La normalisation à pas de tortue a donc peu de chances de peser sur la donnée électorale, sachant, en plus, que la tension Algérie-France,  si elle entretient  l’imaginaire  colonial constitutif de celui de l’extrême droite, ne décide pas, beaucoup s’en faut, du sort du vote. Le retour à la normale entre Alger et Paris demeure d’ailleurs entravé  dans ses premiers pas. Alger exige la libération du diplomate accusé d’être impliqué dans l’enlèvement avorté du cyberdissident Amir Dz.

Paris fait de la condamnation pour « apologie du terrorisme » du journaliste sportif  Christophe Gleizes une affaire d’État,  d’autant que sa détention est perçue dans les médias français comme une monnaie d’échange contre le diplomate en détention préventive. Un dénouement de cette affaire prendra le temps du traitement judiciaire en France. Il pourrait être  bien plus long que celui de l’affaire de  Mohamed Ziane Hassani  mis sous contrôle judiciaire abusivement en France en août 2008 suite à une erreur d’identification. Il s’agissait déjà à l’époque d’un mandat d’arrêt lié également à une barbouzerie sur le territoire français, l’assassinat le 07 avril 1987 à Paris de l’opposant Ali Mecili.

La crise s’était prolongée  jusqu’au non-lieu définitif deux ans plus tard. Elle n’avait jamais été aussi brutale que celle dont Alger et Paris tentent de s’extirper aujourd’hui avec un pronostic de rechute engagé .

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