Internet : après la 5G mobile, Zerrouki annonce la 5G fixe pour 2027

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Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a annoncé mardi 12 mai sur son compte LinkedIn que l’Algérie prépare le déploiement de la 5G Fixed Wireless Access (5G FWA), avec un lancement ciblé pour le premier semestre 2027.

Sid Ali Zerrouki présente la 5G FWA comme « un complément à la fibre » -plus rapide à déployer, plus flexible, utile là où le câble n’arrive pas. Il a affirmé que le cadre réglementaire est posé, les fréquences assignées, des tests de preuve de concept sont attendus dans les prochains mois. Ça ressemble à une feuille de route. Ce qui manque, c’est l’essentiel : qui va déployer ?

Les trois opérateurs mobiles -Mobilis, Djezzy et Ooredoo -qui tiennent leurs licences 5G depuis novembre 2025 ? Ou Algérie Télécom, qui détient le monopole de l’internet fixe filaire ? La 5G FWA utilise les fréquences radio pour livrer de l’internet à domicile sans câble. Techniquement, c’est du réseau mobile en mode fixe. Selon qui porte le projet, les conséquences sur la structure du marché sont radicalement différentes.

La 5G mobile roule déjà

Les licences 5G ont été attribuées en novembre 2025 aux trois opérateurs via des décrets au Journal Officiel. Ooredoo a lancé son service commercial dès le 4 décembre. En mars 2026, l’opérateur annonçait une couverture sur les 58 wilayas, premier à y parvenir. Les deux autres suivent.

Les chiffres de déploiement sont réels. La vitesse de téléchargement médiane en Algérie a presque doublé entre janvier et décembre 2025, passant de 23,6 à 40,87 Mbps. Le cahier des charges oblige chaque opérateur à déployer un réseau 5G autonome sous cinq ans, avec un minimum de 300 Mbps en mode NSA et de 500 Mbps en mode SA. Il faut noter que cette progression n’est pas une promesse : c’est une obligation contractuelle assortie de pénalités.

La fibre : marché fermé, chiffres en hausse

L’Algérie a franchi le cap des 3 millions de foyers raccordés à la fibre optique début 2026, contre 53 000 en 2020. Algérie Télécom, seul opérateur autorisé sur l’internet fixe filaire, vise la suppression du réseau cuivre d’ici fin 2027. C’est dans ce contexte d’encouragement destiné à ses clients, AT a relevé, depuis avril 2026, les débits FTTH minimum de 60 à 100 Mbps.

C’est un bilan solide. Mais c’est aussi un monopole. Aucun autre opérateur ne peut proposer d’internet fixe filaire aux particuliers algériens. Le marché n’existe pas sous d’autre forme.

Ce que l’annonce ne dit pas

La 5G FWA est précisément la technologie qui pourrait contourner cette barrière. Un opérateur mobile avec une licence 5G et une antenne bien placée peut livrer du haut débit à domicile sans poser un seul câble. Si Mobilis, Djezzy ou Ooredoo sont autorisés à le faire, Algérie Télécom se retrouve pour la première fois face à de la concurrence sur son terrain. Si c’est Algérie Télécom qui déploie la 5G FWA elle-même, l’architecture monopolistique tient.

Bonne question technique. La réponse courte : non, pas directement. Voici pourquoi.

Ce qu’Algérie Télécom possède aujourd’hui

Des plans antérieurs mentionnaient l’utilisation du Fixed Wireless Access pour connecter les zones rurales dans les phases 2027-2028, sans désigner d’opérateur.

Algérie Télécom opère un réseau 4G LTE fixe (ce que le ministre mentionne comme “fixed LTE broadband”), commercialisé sous la marque Idoom 4G. Ce réseau utilise des fréquences attribuées spécifiquement pour l’internet fixe sans fil, avec des box 4G installées chez les particuliers — principalement dans les zones non encore fibrées.

Techniquement, Algérie Télécom ne peut pas migrer directement son réseau 4G domestique (Idoom 4G) vers la 5G FWA. La raison principale est simple : les fréquences 5G, notamment la bande 3,5 GHz, ont été attribuées en novembre 2025 exclusivement aux trois opérateurs mobiles. Sans réattribution de spectre par l’ARPCE, l’opérateur historique ne peut pas déployer cette technologie.

S’y ajoute le remplacement complet des équipements radio, incompatibles avec la 5G. L’obstacle n’est donc pas uniquement technique — il est avant tout réglementaire. Pour que l’Algérie Télécom puisse porter la 5G FWA, il lui faudrait une nouvelle autorisation ou une extension de licence, deux décisions qui appartiennent à l’ARPCE et au ministère. Ce que Zerrouki prépare peut-être, sans le dire explicitement.

Pourquoi ça compte

Pour les zones rurales et péri-urbaines, la 5G FWA est potentiellement la solution la moins chère à déployer. Tirer de la fibre dans le Djurdjura ou les Aurès coûte cher. Installer une antenne 5G et distribuer de l’internet fixe sans fil, beaucoup moins. C’est l’argument réel derrière l’annonce de Zerrouki, et il tient la route.

Mais entre l’ambition d’inclusion numérique et les intérêts de l’opérateur public, l’arbitrage doit être fait. Les proof-of-concept annoncés dans les prochains mois devraient commencer à répondre à la question.

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