Le procès des dirigeants de la Fédération algérienne de football (FAF), au pôle économique et financier de Sidi M’Hamed ouvert le 13 octobre à été mis en délibéré le 18 du même mois après quatre jours de débat. La quatrième journée, après interruption du week-end a été consacrée aux plaidoiries de la défense. Entre argumentation juridique et interventions empreintes d’émotion, l’audience a donné lieu à des plaidoiries aux tons et aux approches variés.
Les prévenus sont poursuivis pour abus de fonction, l’octroi d’avantages injustifiés, passation de contrats en violation des lois et règlements en vigueur, ainsi que pour dilapidation volontaire de deniers publics. Face à ces accusations, les avocats ont multiplié les contestations, soulevé des interrogations sur les procédures et remis en question le bien-fondé des poursuites, tout en réclamant l’acquittement des accusés.
« Où sont les deniers publics ? »
maître Hammou, avocat de Saad Mohamed, ancien secrétaire général de la FAF, a contesté, dans la continuité de sa consœur maître Wali, la constitution du ministère des Sports en partie civile. Il a estimé que ces questions relèvent de l’Assemblée Générale souveraine de la Fédération, y compris en matière financière. Il a également soulevé une question centrale : «Où sont passés les deniers publics et l’argent de l’État ?», affirmant que la FAF n’avait bénéficié d’aucune subvention de l’État depuis 2015 la FAF a été financée uniquement et exclusivement par le sponsoring , La FIFA et la CAF . Il a conclu en demandant l’acquittement de son client et le rejet des demandes d’indemnisation pour défaut de fondement.
Un contrat Adidas au cœur des débats
La défense de l’ancien président de la FAF, Kheïreddine Zetchi, assurée par Me Feddag Abdelkrim et Me Saoud, a souligné que les bilans financiers avaient été approuvés en Assemblée générale, sans réserve du représentant du ministère ni du commissaire aux comptes.
Les avocats ont également contesté l’application du code des marchés publics aux associations régies par la loi 12/06 relative aux associations et qui ne sont pas soumises au code des marchés publics. Concernant le contrat de sponsoring Adidas, ils ont évoqué un partenariat en nature portant sur 8 millions de dollars d’équipements sur quatre ans, affirmant que le matériel était toujours en stock, inventaires à l’appui.
maître Feddag s’est par ailleurs interrogé sur la disparition du dossier administratif de Labdi Lamine, manager général de la FAF. En conclusion, la défense a demandé l’application de la loi ainsi que la levée des mesures conservatoires, notamment le gel des comptes personnels de Zetchi.
« Les débats portent sur un maillot et une chambre d’hôtel »
maître Alleg Kamel a assuré défense de Zefizef Abdeljahid, ancien président de la FAF. L’avocat a contesté l’emprisonnement de son client, s’interrogeant sur le fait que « des gens instruits, de très haut niveau » soient incarcérés alors que, depuis quatre jours, les débats portent sur un maillot et une chambre d’hôtel.
Évoquant son déplacement à Tunis pour rencontrer l’agence Concorde Voyages, avec laquelle plusieurs fédérations africaines et clubs algériens travaillent, il a glissé une pointe d’humour pour détendre l’atmosphère en affirmant qu’il évitera de citer les noms des clubs algériens qui traitent avec cette agence pour leur éviter des désagréments judiciaires. Il a demandé la levée de l’interdiction de sortie du territoire national (ISTN), du contrôle judiciaire ainsi que l’acquittement de son client.
Sa consœur, Me Madina Azzizi, a ensuite insisté sur la distinction entre délégation de signature qui a été faite par Zefizef Abdeljahid à son secrétaire général Debbichi Mounir et la délégation de mission. La première consiste à habiliter la personne déléguée à signer au nom du délégataire, la seconde consiste a lui octroyer des missions et des tâches. Elle a aussi rappelé que la relation contractuelle avec l’agence tunisienne Concorde Voyages, agréée par la FIFA, existait bien avant le mandat de Zefizef.
Déclarations « irréalistes et illogiques ».
La défense de Charaf-Eddine Amara, ancien président de la FAF, a été assurée par maître Rafik Dib, dans une plaidoirie portant notamment sur la rémunération de Labdi Lamine, manager général de la Fédération.
L’avocat a rappelé que ce dernier avait déclaré devant le tribunal avoir bénéficié de deux contrats : le premier, sans rémunération, sous le mandat de Kheïreddine Zetchi, et le second, sous la présidence de Charaf-Eddine Amara, avec un salaire de 750 000 DA.
Il a également évoqué d’autres responsables et managers rémunérés à hauteur de 800 000 DA et 1,2 million de dinars, ainsi qu’un manager belge payé en devises. maître Dib s’est par ailleurs interrogé sur la disparition du dossier administratif de Labdi Lamine au sein de la FAF et sur les conditions de son recrutement, estimant que les déclarations de la Fédération étaient « irréalistes et illogiques ». Au terme de sa plaidoirie, il a demandé l’acquittement de son client.
Les plaidoiries se sont ensuite enchaînées avec maître Kennane pour Medgrant Sport Concept, distributeur officiel d’Adidas en Algérie, puis maîtres Sadi Sofiane et Boukrouh pour Mounir Debbichi, ancien secrétaire général de la FAF, et maître Sebaa pour la défense de M. Nekkache. Leurs interventions se sont déroulées dans une atmosphère plutôt calme.
Walid Sadi évoqué
Un moment plus animé a marqué la plaidoirie de maître Yacine Gazem, avocat d’Abdelmoumène Berraf, responsable financier de la FAF. D’entrée, il a précisé qu’il était présent en tant qu’avocat, et non pour parler de politique ou de religion.
Il a ensuite évoqué Walid Sadi, actuel ministre des Sports et président de la FAF, l’accusant d’avoir placé ses anciens collègues à la Fédération. La présidente du tribunal l’a interrompu, lui rappelant que ce dernier n’était pas cité dans l’affaire. L’avocat a toutefois insisté : « Madame la présidente, moi, je fais du droit », avant de citer un verset coranique.
Tous les avocats de la défense ont plaidé l’acquittement pour les accusés, avant de laisser place aux derniers mots. Le verdict sera rendu le 27 octobre 2026.



