Alger et Paris semblent de plus en plus décidés à relancer leur coopération après plusieurs mois d’une crise inédite. Quelques semaines après la visite de Laurent Nunez, puis celle de Ségolène Royal, le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf s’est entretenu ce lundi avec son homologue français Jean-Noël Barrot.
Selon un communiqué des AE, les deux chefs de la diplomatie ont examiné « l’état des relations bilatérales entre les deux pays, ainsi que les perspectives qui s’offrent à elles ». Les discussions ont également porté sur plusieurs dossiers régionaux sensibles.
Les deux ministres ont notamment procédé à un échange de vues sur « la situation dans l’espace sahélo-saharien, ainsi que sur les développements relatifs au processus de règlement de la question du Sahara occidental », précise la même source.
Ils ont en outre abordé « les graves développements que connaît la région du Moyen-Orient et leurs répercussions aux plans régional et international ». Dans ce contexte, « une attention particulière a été accordée à la situation prévalant au Liban, qui constitue une source de préoccupation partagée pour les deux pays », ajoute le communiqué.
De son côté, le Quai d’Orsay a indiqué que le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères s’était entretenu le 15 mars 2026 par téléphone avec son homologue algérien. Les deux responsables ont échangé « sur les principaux enjeux diplomatiques d’intérêt commun en Afrique et au Moyen-Orient, en premier lieu l’escalade régionale autour de l’Iran et les récentes discussions de haut niveau relatives au Sahara occidental ».
Le communiqué du Quai d’Orsay souligne également que les deux ministres ont évoqué « les enjeux de la relance de la coopération bilatérale, notamment en matière sécuritaire et migratoire ». Paris a par ailleurs exprimé son souhait que cette coopération produise « des résultats tangibles, dans l’intérêt des deux pays ». Le chef de la diplomatie française a également rappelé « l’attention portée à la situation de notre compatriote Christophe Gleizes ».
Enfin, les deux responsables sont convenus de « poursuivre ce dialogue politique », dans un contexte international marqué par la multiplication des crises.
Derrière les propos diplomatiques
Au-delà de la formulation diplomatique classique, certains termes employés dans les deux communiqués traduisent les équilibres politiques actuels entre Alger et Paris.
L’évocation de la « relance de la coopération bilatérale » indique d’abord que les deux capitales reconnaissent implicitement que leurs relations ont traversé une phase de gel. Le choix du mot « relance » suggère la volonté de reprendre progressivement des mécanismes de coopération suspendus ou ralentis ces derniers mois.
Aussi l’attente de « résultats tangibles » est également significative. Elle renvoie à des dossiers concrets — notamment la coopération sécuritaire et migratoire — sur lesquels Paris souhaite des avancées visibles. Dans la pratique diplomatique, ce type de formule traduit souvent une attente de mesures opérationnelles plutôt qu’un simple dialogue politique.
La mention de la « poursuite du dialogue politique » constitue enfin un signal d’apaisement : elle signifie que, malgré les divergences persistantes, les deux pays s’accordent sur la nécessité de maintenir des canaux de communication ouverts.
La présence dans les communiqués de dossiers sensibles, comme le Sahara occidental ou les crises du Moyen-Orient, illustre par ailleurs la volonté des deux diplomaties de réinscrire leur relation dans un cadre stratégique plus large, au-delà des différends bilatéraux.
Une relation marquée par plusieurs mois de tensions
Cet échange intervient après plusieurs mois de tensions inédites entre Algérie et France. La relation bilatérale s’était fortement dégradée à la suite d’une série de différends politiques et diplomatiques qui ont touché à la fois les questions migratoires, judiciaires et sécuritaires.
Parmi les épisodes les plus marquants figurent l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, l’expulsion réciproque de diplomates, les tensions autour des obligations de quitter le territoire français (OQTF) concernant des ressortissants algériens, ou encore l’affaire du militant connu sous le nom d’« Amir DZ ».
Ces différends se sont accompagnés d’un refroidissement politique et d’un ralentissement de plusieurs mécanismes de coopération entre les deux États.
Vers une normalisation progressive ?
Dans ce contexte, l’entretien téléphonique entre les deux ministres apparaît comme un nouvel épisode dans la tentative de normalisation progressive des relations. Il intervient d’ailleurs alors que plusieurs informations évoquent un possible retour à Alger de l’ambassadeur de France, Stéphane Romatet, rappelé au plus fort de la crise.
Un tel retour constituerait un signal diplomatique important, traduisant la volonté des deux capitales de tourner progressivement la page d’une séquence de tensions qui a profondément marqué les relations entre Alger et Paris.


