Belgique : la grosse rémunération de la Franco-Marocaine Ilham Kadri provoque un tollé

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La Franco-Marocaine Ilham Kadri: un jackpot de sortie estimé à 40,4 millions d'euros qui fait tache.
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Alors que le géant belge de la chimie Syensqo panse ses plaies après une chute vertigineuse en Bourse, la validation, le mardi 5 mai 2026, d’une rémunération de 40,4 millions d’euros pour son ex-patronne, la Franco-Marocaine Ilham Kadri, provoque un tollé sans précédent.
Du rêve au krach boursier

L’histoire devait être celle d’une success-story exemplaire et d’un symbole fort de diversité au sommet. Docteure en chimie possédant la franco-marocaine Ilham Kadri avait été recrutée en 2018 pour « réveiller » le vénérable chimiste Solvay et orchestrer la création de Syensqo fin 2023. Cette nouvelle entité, dédiée aux matériaux de haute technologie (batteries, semi-conducteurs), était présentée comme le futur fleuron de la croissance belge.

Mais de l’aveu même de Heike van de Kerkhof, présidente du conseil d’administration de Syensqo, les performances de la nouvelle société n’ont finalement « pas répondu aux attentes ». Pour les actionnaires, le réveil est douloureux : l’action, introduite à 95 euros, a dévissé à 57,20 euros, effaçant près de 4 milliards d’euros de capitalisation boursière (une chute de près de 40 %).

Jugée responsable de ces piètres résultats, Ilham Kadri a officiellement quitté ses fonctions de directrice générale en septembre 2025. Mais elle n’est pas partie les mains vides. Elle est partie les poches pleines. C’est ce qui fait scandale en Belgique.

Le jackpot de sortie : 40,4 millions d’euros qui font tache

Malgré son échec opérationnel, l’assemblée générale des actionnaires a validé son traitement au titre de l’année 2025 : un pactole de 40,4 millions d’euros, incluant une indemnité de départ de 13 millions d’euros. Cette somme s’ajoute à une prime de scission de 12 millions d’euros perçue auparavant, complétée par 26 millions d’euros de bonus divers pour 2023 et 2024. Le passage de la dirigeante aura coûté très cher à l’entreprise.

Pour prendre la mesure du caractère exorbitant de ces chiffres, il faut savoir qu’en 2025, la rémunération moyenne des patrons belges s’élevait à 4,7 millions d’euros. Ce chiffre a bondi de 57 % sur un an à l’échelle nationale uniquement en raison de la somme astronomique allouée à Mme Kadri.

Ce scandale touche de plein fouet l’une des plus grandes dynasties industrielles d’Europe : les familles héritières d’Ernest Solvay (fondateur du groupe en 1863), qui détiennent encore 30,8 % des parts de Syensqo.

Malgré une perte personnelle d’un milliard d’euros dans la déroute boursière, les héritiers ont approuvé les montants alloués à Mme Kadri. Le groupe, qui emploie 9 000 personnes dans une quarantaine de pays, a choisi de transiger pour éviter des procédures judiciaires dévastatrices : les contrats de la dirigeante étaient juridiquement inattaquables, car solidement ficelés dès son arrivée il y a six ans.

La presse fustige la « comédie de la gouvernance »

Dans les médias belges, l’indignation est vive. Les journalistes pointent du doigt la passivité historique du Conseil d’administration. Dans un éditorial cinglant de l’hebdomadaire économiqueTrends-Tendances, intituléSyensqo : un manque de vigilance, le journaliste Olivier Mouton analyse avec sévérité la fascination des administrateurs face au charisme de la dirigeante : « On ne peut pas reprocher à la CEO d’avoir bien négocié. En revanche, on peut critiquer le manque de vigilance du conseil d’administration. […] Il y avait, nous dit-on, une “dissonance entre l’enthousiasme d’Ilham Kadri et la réalité des chiffres”. En d’autres termes, cette “star” a subjugué tout le monde. »

Pourtant, les alertes n’ont pas manqué. Le quotidien financierL’Echo avait mis en lumière dès fin 2023l’octroi de ces bonus hors normes, alimentant très tôt le malaise des épargnants.

Le gouvernement belge sous haute tension

L’affaire Kadri s’invite désormais avec fracas dans le débat budgétaire de l’État. Le gouvernement fédéral, dirigé par le conservateur et nationaliste flamand Bart De Wever, cherche désespérément à trouver 5 à 6 milliards d’euros pour combler un déficit public abyssal (5,3 % du PIB en 2025, un record européen).

Dans ce contexte d’austérité, l’affaire offre un argument en or aux socialistes flamands du parti Vooruit (membre de la coalition gouvernementale). Ces derniers exigent l’instauration d’une « taxe des millionnaires » (un impôt sur les patrimoines financiers supérieurs à 1 million d’euros). Alors que la droite libérale s’y oppose fermement, le symbole d’une patronne surpayée malgré ses échecs opérationnels devient l’arme politique idéale pour faire plier la majorité.

Pour les observateurs, le parcours d’Ilham Kadri — brillante scientifique franco-marocaine parvenue au sommet de l’establishment industriel européen — restera marqué par ce paradoxe. Si elle a brisé des plafonds de verre académiques et managériaux majeurs, sa sortie de Syensqo symbolisera, pour l’opinion publique belge, les dérives d’un capitalisme déconnecté, où la prime à l’échec se chiffre en dizaines de millions d’euros.

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