Batimatec 2026 : l’université et l’industrie face au goulot des autorisations

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Le panel «De l'idée au marché», consacré à la coopération entre université et entreprises, mercredi 6 mai à la Safex, dans le cadre de la 28e édition du Batimatec. © Djaffar Ouigra / MAGHREB EMERGENT

Mercredi à la Safex, dans une salle de la 28e édition du salon Batimatec, une chercheuse de l’université d’Aïn Témouchent a présenté une filière qui dort dans les barrages algériens. La docteure Hafida Marouf travaille sur l’envasement, ce phénomène qui réduit la capacité des retenues d’eau et coûte chaque année à l’État des opérations de dragage. Ses sédiments, d’ordinaire considérés comme un déchet, peuvent entrer dans la fabrication d’éco-matériaux à faible empreinte carbone.

Son intervention a donné le ton d’une rencontre consacrée à la coopération entre université et entreprises, axée sur la valorisation des résultats de la recherche dans le secteur du bâtiment. Sur le papier, le terrain est balisé. Trois ministères ont signé en janvier dernier un accord créant des clusters de startups université-entreprise destinés précisément à convertir les travaux universitaires en projets industriels. Sur le terrain, le passage du laboratoire à l’atelier reste freiné par les procédures.

Holcim, des sédiments et un dossier qui n’avance pas

Karima Fariha, responsable de Geocycle au sein de Holcim El Djazaïr, a présenté un projet d’utilisation des sédiments de barrages dans la fabrication de matériaux de construction. La démonstration technique est faite. «Les sédiments des barrages peuvent être utilisés comme matière première dans certains procédés industriels, notamment dans la production de ciment», a-t-elle expliqué.

Le projet est à l’arrêt. «À ce jour, nous n’avons pas encore reçu les autorisations nécessaires pour exploiter ces matériaux à grande échelle», a précisé la responsable. Holcim affirme disposer des capacités de récupération et de transformation. «Nous sommes prêts à récupérer et valoriser cette matière dans un cadre industriel, mais cela reste conditionné par les autorisations», a-t-elle ajouté.

Le détail compte. La filière ciment est l’une des plus émettrices au monde, et l’Union européenne a activé en 2026 son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, qui pénalise précisément les exportations algériennes à forte intensité carbone. Substituer une partie du clinker par des sédiments dragués serait un levier de décarbonation. Le dossier, lui, attend.

Du laboratoire à l’entreprise, les dispositifs et leurs limites

Rabah Fraga, représentant de l’ANVREDET, l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique, a rappelé l’existence d’outils publics. «Il existe aujourd’hui des dispositifs pour accompagner les porteurs de projets, notamment en matière de valorisation et de transfert technologique», a-t-il indiqué. L’agence se présente comme un point de jonction. «L’objectif est de faciliter le passage du laboratoire à l’entreprise, à travers des plateformes et des programmes dédiés», a-t-il poursuivi.

L’écosystème ne manque pas d’instruments. La Loi de finances pour 2026 oblige désormais les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse vingt milliards de dinars à consacrer au moins 1 % de ce dernier à la recherche et développement. Reste que les analystes sectoriels pointent l’inertie du capital-risque privé et l’absence de débouché boursier pour les jeunes pousses, deux facteurs qui maintiennent la majorité des projets dans une zone grise entre brevet et marché.

Les startups, intermédiaires entre brevet et marché

Les échanges ont aussi porté sur l’intérêt économique de ces collaborations. Plusieurs intervenants ont évoqué la possibilité de développer des solutions locales pour limiter le recours aux importations de matériaux et d’additifs. Le bâtiment, qui pèse une part substantielle des importations algériennes en intrants, est un terrain naturel pour cet exercice.

La place des startups a été abordée dans ce cadre. «Les startups peuvent jouer un rôle d’intermédiaire entre la recherche et le marché», a indiqué un intervenant lors des discussions. Le pays compte plus de treize mille entreprises innovantes recensées fin 2024, mais 70 % d’entre elles sont concentrées à Alger et sa périphérie, un déséquilibre qui pèse sur la capacité des universités régionales à voir leurs travaux convertis en produits commercialisables.

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