Ceuta et Melilla : Rabat insiste, Madrid ferme la porte

Le Maroc est revenu à la charge sur la question de ses “droits historiques et géographiques” sur les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Madrid, accusée par l’opposition de faire preuve de faiblesse, a rappelé la “ligne rouge”: aucune discussion sur la souveraineté espagnole sur les deux enclaves.

Maghreb Emergent
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José Manuel Albares, ministre espagnol des affaires étrangères, à Ceuta
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Les revendications marocaines sur Ceuta et Melilla reviennent au premier plan de la relation hispano-marocaine. Après une première sortie d’Abdellatif Ouahbi le 12 août, suivie d’une fin de non-recevoir de Madrid, le ministre marocain de la Justice a de nouveau réaffirmé, vendredi 21 août, le « droit historique et géographique » du Maroc sur les deux enclaves espagnoles. L’Espagne a immédiatement réitéré son rejet catégorique de toute remise en cause de sa souveraineté.
Dans une interview accordée à la chaîne publique marocaine 2M, Abdellatif Ouahbi a appelé à une « solution définitive » à la situation de Ceuta et Melilla et souhaité leur « retour au sein de la patrie ». Il a également proposé la création d’une « commission de dialogue » bilatérale consacrée à cette question, estimant qu’il s’agit d’un sujet « sur lequel on ne peut garder le silence ».

Le ministre avait déjà tenu des propos similaires le 12 août sur la chaîne Asharq Bloomberg. Cette première prise de position avait alors suscité une réaction de Madrid : des sources diplomatiques espagnoles avaient affirmé que le caractère espagnol de Ceuta et Melilla ne faisait « aucun doute » et que leur intégrité territoriale n’avait « jamais été discutée avec quiconque et ne le sera jamais ».
La séquence du 21 août constitue donc moins une rupture qu’une relance publique du contentieux territorial. En réponse aux nouvelles déclarations d’Ouahbi, le ministère espagnol des Affaires étrangères a transmis à Rabat un « rejet catégorique » de toute remise en cause de la souveraineté espagnole. Madrid a rappelé que Ceuta et Melilla constituent des frontières de l’Espagne et de l’Union européenne et font partie intégrante du territoire européen.

Une séquence qui dépasse la seule question territoriale

La nouvelle intervention d’Abdellatif Ouahbi intervient dans un contexte particulièrement sensible entre les deux pays, quelques semaines après la crise migratoire qui a profondément marqué Ceuta.
Fin juillet, l’enclave avait été confrontée à un afflux massif de migrants, avec l’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de personnes, majoritairement de jeunes Marocains. La situation avait fortement sollicité les capacités d’accueil de la ville et provoqué une onde de choc politique en Espagne. Une grande partie des arrivants a ensuite regagné le Maroc dans le cadre des mécanismes de retour mis en place après la crise.

Le 21 août, le ministre marocain de la Justice a également demandé à l’Espagne de remettre au Maroc les mineurs marocains non accompagnés arrivés à Ceuta les 30 et 31 juillet. Rabat s’est dit disposé à les accueillir après vérification de leur identité. Cette demande ajoute une dimension migratoire et humanitaire à une séquence jusque-là dominée par la question territoriale.
Pour Madrid, le dossier est particulièrement délicat. L’Espagne a besoin de préserver sa coopération avec le Maroc sur le contrôle des frontières, la lutte contre l’immigration irrégulière et les questions de sécurité. Mais la réaffirmation publique des revendications marocaines réduit l’espace disponible pour une diplomatie discrète et oblige le gouvernement de Pedro Sánchez à réaffirmer régulièrement une ligne rouge sur la souveraineté des deux enclaves.

Cette situation intervient également alors que le gouvernement espagnol est soumis à une pression politique croissante. L’opposition de droite lui reproche régulièrement sa volonté de préserver les relations avec Rabat et l’accuse de ne pas répondre suffisamment fermement aux initiatives marocaines. La répétition des déclarations sur Ceuta et Melilla fournit ainsi un nouvel angle d’attaque à ses adversaires.

Rabat maintient une revendication, Madrid une ligne rouge

Sur le fond, les déclarations d’Abdellatif Ouahbi ne traduisent pas l’apparition d’une nouvelle revendication marocaine. Rabat considère depuis longtemps Ceuta et Melilla comme des territoires marocains et réclame leur restitution. La nouveauté réside davantage dans la fréquence et le niveau de publicité de ces déclarations, dans un moment où les relations bilatérales restent fragilisées par les conséquences de la crise de Ceuta.

La réaction espagnole suit la même logique : Madrid ne semble pas modifier sa politique à l’égard du Maroc, mais réaffirme publiquement que la souveraineté sur les deux villes n’est pas un sujet de négociation.

La séquence des 12 et 21 août dessine ainsi un face-à-face de plus en plus visible. Rabat remet régulièrement la question de Ceuta et Melilla sur la table et propose désormais un cadre de dialogue spécifique ; Madrid répond en maintenant une fin de non-recevoir absolue.

Derrière cette confrontation se trouve une contradiction de la relation hispano-marocaine : les deux pays ont intérêt à préserver une coopération étroite sur les questions migratoires et sécuritaires, mais cette coopération coexiste avec un contentieux territorial que le Maroc n’a jamais abandonné. La crise migratoire de fin juillet a remis cette contradiction au premier plan. Les déclarations successives d’Ouahbi montrent désormais que la question de Ceuta et Melilla reste susceptible de s’imposer à nouveau dans l’agenda bilatéral, même lorsque Madrid cherche à maintenir la relation à l’abri de ce contentieux.

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