Crise d’approvisionnement : l’Egypte se tourne vers le pétrole algérien

4 min de lecture
Cérémonie de signature du mémorandum d'entente entre Sonatrach et l'EGPC, au siège de Sonatrach à Alger, le 5 mai 2026. ©Ministère de l'Énergie

L’Égypte va importer du pétrole brut algérien. Sonatrach et l’Autorité égyptienne générale du pétrole (EGPC) ont signé mardi 5 mai 2026 à Alger un mémorandum d’entente fixant le cadre institutionnel des futures ventes de brut et de produits raffinés au marché égyptien. Aucun volume n’a été communiqué. Aucun calendrier non plus. Le texte précède des contrats fermes qui restent à négocier.

La signature s’est tenue au siège de Sonatrach, sous la coprésidence de Mohamed Arkab, ministre d’État chargé des Hydrocarbures, et de son homologue égyptien Karim Ibrahim Ali Badawi. Étaient également présents le PDG de Sonatrach Nour Eddine Daoudi, installé en octobre dernier en remplacement de Rachid Hachichi, et le PDG de l’EGPC Salah Eddine Abdelkrim.

Une Égypte devenue importatrice nette

Le Caire a longtemps figuré parmi les exportateurs nets d’hydrocarbures du pourtour méditerranéen. Ce n’est plus le cas. La production égyptienne de brut a glissé sous la barre des 550 000 barils par jour en 2025, contre près de 700 000 cinq ans plus tôt. Les raffineries de Suez, d’Assiout et de Mostorod tournent en sous-régime depuis plusieurs trimestres faute d’alimentation régulière en brut léger.

Le déficit s’est creusé à un moment particulièrement défavorable. Depuis la fermeture du détroit d’Hormuz le 28 février 2026, les flux de brut du Golfe vers la Méditerranée orientale sont contraints, les primes d’assurance maritime ont bondi, et les compagnies égyptiennes peinent à reconstituer leurs stocks à des conditions soutenables. L’Égypte a déjà dû puiser dans ses réserves stratégiques au premier trimestre. D’où la précipitation à signer. Le déplacement de Badawi à Alger n’avait été annoncé que la veille.

Sonatrach, fournisseur de substitution

Pour Alger, le marché égyptien tombe à point nommé. Les volumes de brut Saharan Blend disponibles à l’export ont reculé en 2025, mais la prime de qualité reste élevée et la demande européenne tire sur les capacités. Multiplier les destinations, c’est aussi multiplier les leviers de négociation sur les prix.

Le mouvement n’est pas isolé. Trois semaines après la fermeture d’Ormuz, Amman s’était tournée vers Arkab pour explorer une coopération dans le brut, le GPL et le GNL. Le ministre algérien recevait le même jour le vice-ministre sud-coréen des Affaires étrangères. Le rythme s’est accéléré au printemps. La signature égyptienne s’inscrit dans cette séquence.

Sonatrach a confirmé fin avril son plan d’investissement de 60 milliards de dollars sur 2025-2029, dont 80 % fléchés vers l’exploration et la production. La compagnie nationale assume publiquement l’objectif d’une remontée des volumes exportables. Le contrat égyptien lui ouvre un débouché régional structuré, à moyen terme, sur un marché qui a longtemps acheté son brut au Proche-Orient.

Une équation diplomatique autant que commerciale

Arkab a évoqué « une démarche structurante visant à approfondir les partenariats énergétiques régionaux et africains ». Badawi a parlé de « modèle de partenariat » et présenté la stratégie égyptienne en six axes, dont la consolidation de la coopération régionale avec Alger. Formules d’usage, mais qui traduisent un repositionnement réel.

Les relations algéro-égyptiennes se sont tendues à plusieurs reprises depuis l’arrivée d’Abdel Fattah al-Sissi à la tête de l’État, notamment sur les dossiers libyen et soudanais. Le rapprochement énergétique offre un terrain neutre, lisible, où les intérêts convergent sans exiger d’alignement politique. La présidence égyptienne en a fait l’un de ses axes diplomatiques de l’année.

Partager cet article