Crise de Ceuta : Sánchez disculpe le Maroc, les critiques pleuvent à droite et à gauche

En affirmant qu’aucun élément fourni par les services espagnols ne permet d’impliquer les autorités marocaines dans l’entrée massive de migrants à Ceuta fin juillet, Pedro Sánchez suscite les critiques du PP et de Vox, mais aussi celles de plusieurs formations de gauche. Le journaliste Ignacio Cembrero met de son côté en avant plusieurs éléments qui contredisent, selon lui, la lecture du chef du gouvernement.

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A droite, comme à gauche, en Espagne, Pedro Sanchez est critiqué sur ses positions sur le Maroc
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Pedro Sánchez a choisi lundi radio Cadena SER pour donner ses premières explications publiques depuis un mois sur la crise de Ceuta. À trois jours de sa comparution au Congrès, le président du gouvernement espagnol a écarté toute implication des autorités marocaines dans l’entrée massive de migrants des 30 et 31 juillet.

« Il n’y a aucune information » provenant des forces de sécurité, du CNI ou d’autres services de renseignement qui mette en doute la « participation, d’une manière ou d’une autre », des autorités marocaines, a déclaré Sánchez. Il a également assuré que la coopération avec Rabat était « franchement positive », ajoutant que la crise ne pouvait être résolue que par cette coopération et non par « un manque de confiance envers le Maroc ». (EFE Noticias)

Sánchez attribue principalement l’ampleur du mouvement à la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, notamment autour d’une décision de la Cour suprême espagnole concernant les retours à chaud. Il a évoqué des réseaux « liés à la Russie et à Israël » ainsi qu’une « internationale d’extrême droite » ayant contribué à la propagation de ces informations.

Le PP : « Il ne lui a manqué que Franco »

La réponse du Parti populaire (droite) a été immédiate. Son porte-parole, Borja Sémper, reproche à Sánchez de chercher les responsables de la crise partout sauf au Maroc.
« Il ne lui a manqué que d’accuser Franco », a ironisé le responsable conservateur, qui reproche au président du gouvernement de tomber dans une « conspiranoïa » en mettant en avant la Russie, Israël et une « internationale d’extrême droite ». Le PP ne va pas jusqu’à affirmer que Rabat a organisé l’opération, mais estime que les autorités marocaines ne pouvaient ignorer le mouvement massif vers la frontière.

« Quelqu’un croit-il que 80 000 personnes puissent se déplacer dans un pays et entrer illégalement dans un autre sans que le pays d’origine le sache ? », a demandé Sémper.
La droite reproche ainsi à Sánchez d’exonérer Rabat alors même que le comportement des autorités marocaines au niveau du Tarajal constitue l’un des points centraux des interrogations sur le déroulement de la crise.

La contestation traverse aussi la gauche

Le choix de Sánchez ne fait pas davantage l’unanimité à gauche. Sumar, partenaire parlementaire du gouvernement, a dénoncé l’absence de critiques à l’égard du Maroc. Sa porte-parole, Verónica Martínez Barbero, a estimé que dans les explications du président « il a manqué beaucoup de choses », notamment « des critiques envers le Maroc pour ce qui s’est passé ». Plus frontal encore, le député de Compromís Alberto Ibáñez, membre du groupe Sumar, a demandé à Sánchez de dépasser son « syndrome de Stockholm avec le roi du Maroc ».

Podemos a adopté un ton encore plus dur. Son porte-parole Pablo Fernández a accusé le gouvernement d’être « à genoux devant le Maroc » et affirme que Rabat a provoqué l’entrée massive de migrants à Ceuta.

Podemos : “Que doit Pedro Sánchez au Maroc ? »

« C’est lamentable que le gouvernement soit à genoux devant la dictature marocaine », a déclaré Fernández, avant de poser publiquement la question : « Que doit ce gouvernement au Maroc ? Que doit Pedro Sánchez au Maroc ? » Podemos réclame par ailleurs une rupture des relations avec Rabat tant que le Maroc utiliserait, selon lui, « les vies humaines comme arme de jet » pour exercer une pression politique hostile sur l’Espagne.

La critique est donc loin de se limiter au PP et à Vox : la décision de Sánchez de disculper catégoriquement Rabat est également contestée par des formations situées à gauche du PSOE, pourtant proches ou partenaires parlementaires du gouvernement.

Une version contestée

Dans une analyse publiée lundi dans El Confidencial, Ignacio Cembrero revient sur les déclarations du président et formule huit observations. Plusieurs concernent directement la responsabilité éventuelle du Maroc.

Le journaliste relève notamment que Sánchez attribue désormais la crise à des « acteurs non étatiques ». Cembrero oppose à cette explication la question du comportement des forces marocaines au niveau du Tarajal les 30 et 31 juillet.
Il affirme que les réseaux sociaux et les fausses informations ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer la situation à la frontière. Il cite notamment des témoignages de migrants affirmant ne pas avoir été contrôlés ou empêchés de franchir la frontière marocaine.

Cembrero relève également une contradiction entre l’affirmation de Sánchez selon laquelle « personne n’avait prévu » une avalanche d’une telle ampleur et les alertes émises avant le 30 juillet. Le 27 juillet, la Délégation du gouvernement et la ville de Ceuta avaient demandé au gouvernement « une réponse extraordinaire et immédiate » face à l’aggravation de la situation migratoire.

Sur la coopération avec Rabat, Cembrero relativise également le qualificatif « franchement positive » employé par Sánchez, en rappelant ses limites concernant notamment la réadmission des migrants adultes non marocains et le retour des mineurs marocains non accompagnés.

Le Maroc, principal point de confrontation politique

Sánchez ne semble toutefois pas vouloir infléchir sa position. Il maintient qu’aucune information des services espagnols ne permet d’établir une implication marocaine et insiste sur la nécessité de préserver la coopération avec Rabat. Cette position intervient alors que la question du Maroc est devenue l’un des principaux points de confrontation politique autour de la crise de Ceuta.

Pour le gouvernement espagnol, rien ne permet aujourd’hui d’accuser Rabat. Pour une partie de l’opposition et de la gauche, au contraire, l’attitude des autorités marocaines reste au cœur de l’explication de ce qu i s’est produit à la frontière. Sánchez devra défendre cette ligne devant le Congrès jeudi.

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