Le ministre de l’intérieur algérien, Saïd Sayoud, sera en visite en France « dans quelques jours ». L’annonce a été faite par son homologue français Laurent Nuñez, dans un entretien à la Tribune du Dimanche. “C’est un signal très positif” a-t-il ajouté. Il sera précédé, demain, lundi 18 mai, par la visite à Alger du ministre de la justice français, Gérald Darmanin. Il sera question, selon le ministère français cité par AFP de coopération judiciaire et de certains “dossiers sensibles dont la situation du journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
Alger de son côté insiste sur le sort d’un agent consulaire algérien placé en détention provisoire dans le cadre d’une information judiciaire liée à l’affaire Amir Dz. Tout comme Christophe Gleizes, l’agent consulaire a pu bénéficier de “droits de visite”. Dans le strict “respect de l’indépendance de la justice» insiste le ministère français de la justice.
“Crier trop fort contre l’Algérie n’a pas mené à grand chose”
La Chancellerie française estime que le travail bilatéral se fait “ en confiance” avec les autorités algériennes: “crier très fort contre l’Algérie n’avait pas mené à grand-chose “. “ Le meilleur moyen de libérer notre compatriote est sans doute de ne pas trop en parler “ a-t-elle fait savoir. Cela vaut aussi pour l’agent consulaire algérien. Pour Christophe Gleizes, son renoncement à se pourvoir en cassation ouvre la voie à une grâce présidentielle.
De manière “inédite”, Darmanin arrive accompagné du procureur national financier, Pascal Prache. Une “nouveauté” qui vise à répondre aux critiques algériennes sur le manque de répondant de la partie française sur les biens mal acquis. Une situation illustrée par le refus, en mars 2025 de la justice française d’extrader, l’ancien ministre Abdeslam Bouchouareb.
En réaction, le ministère algérien des affaires étrangères avait déploré, dans un communiqué daté du 20 mars 2025, « l’absence totale de coopération du gouvernement français en matière d’entraide judiciaire… L’Algérie s’est systématiquement heurtée et se heurte toujours à des tergiversations et à des atermoiements injustifiés et inexplicables de la partie française ». La procureure nationale anti-criminalité organisée, Vanessa Perrée, fera également partie de la délégation en lien sans doute avec la montée du narco-trafic et de la mafia dz dont la dénomination suggère un lien avec les Algériens.
Reprise des expulsions des OQTF
Le ministre français de l’intérieur s’est félicité pour sa part de la reprise de la délivrance des laissez-passer consulaires préalables à l’expulsion des OQTF. Un déblocage qui a eu lieu après sa visite à Alger. “On était à 150 début mai, il n’y en avait plus aucun avant ma visite à Alger en février. C’était comme ça depuis le printemps dernier… C’est peu mais c’est reparti et ça va monter en puissance.”
À signaler que l’Espagne enregistre également une reprise des expulsions qui étaient bloquées durant la crise diplomatique entre Alger et Madrid. Laurent Nunez a indiqué que la coopération sécuritaire se “réinstaure progressivement. Nous avons un travail d’échange d’informations à réengager sur les trafiquants de stupéfiants et la collaboration se fait dans les deux sens”.
Le ministre français a de nouveau rejeté l’option du “bras de fer” avec l’Algérie prônée par son prédécesseur Bruno Retailleau qui en a fait un thème de marketing politique personnel et dont l’efficacité est nulle. Laurent Nunez a insisté sur le fait que dans le domaine sécuritaire et migratoire, la France est obligée de discuter avec l’Algérie. “C’est un grand pays qui a un certain savoir-faire en matière de renseignements et de sécurité. Avoir des échanges avec lui est nécessaire.”
Il a également relevé que plusieurs millions de personnes des deux côtés de la Méditerranée sont concernées par la relation franco-algérienne et la vivent très directement. “Quel est l’intérêt d’avoir un bras de fer dans ces conditions? Ceux qui ne cherchent qu’à braquer l’Algérie ne pensent pas aux intérêts de la France mais à leurs intérêts électoraux”.
Sortie des “extrêmes tensions”
Réchauffement? La prudence est de mise d’autant que la France est déjà en campagne pour les présidentielles et certains acteurs compte faire du sujet algérien un thème de campagne. Le président Emmanuel Macron souhaite relancer les choses avant son départ dans un an. Il devra essayer de sanctuariser la relation bilatérale dessurenchères électoralistes françaises. Ce n’est pas gagné.
Le dégel en est encore à ses début et n’est pas à l’abri d’un accident. La ministre française chargée des anciens combattants Alice Rufo, qui s’est rendu, le 8 mai, à Sétif en compagnie de l’ambassadeur Stéphane Romatet, semble bien résumer l’état actuel des relations dans une déclaration au journal La Provence: “On est sorti des extrêmes tensions avec l’Algérie”.


