Abdelkrim Zeghileche a entamé aujourd’hui lundi 1er juin à Constantine un rallye de 4 procès en cinq jours. Il s’est présenté sans avocats devant le tribunal ce matin et confie son sort à la conscience de ses inquisiteurs. Ce marathon carcéro-judiciaire compile une multitude de chefs d’accusation allant de l’« incitation à la haine » à l’« atteinte aux institutions », des griefs quasi exclusivement basés sur ses analyses politiques et ses publications sur les réseaux sociaux.
La concomitance de ces affaires, programmées sur une temporalité aussi réduite, ressemble à un accès de harcèlement judiciaire que subit l’ex-éditeur de Sarbacane depuis 2018. Pour les collectifs de défense des droits humains, ce découpage technique de ses interventions publiques vise avant tout à saturer le quotidien du militant et à asphyxier toute velléité d’expression libre dans la ville des ponts.
Un acharnement méthodique depuis la fermeture de Sarbacane
Ces nouvelles audiences ne sont que le prolongement de longues années de déboires judiciaires et administratifs subis par le chef d’entreprise. Le point de bascule remonte à l’été 2018, lorsque la wilaya de Constantine ordonne la mise sous scellés des locaux de sa web radio, Sarbacane, sous un prétexte réglementaire. Dès lors, l’engrenage s’enclenche. Son engagement précurseur contre le cinquième mandat au sein du mouvement Mouwatana, puis son implication active dans le Hirak populaire, lui vaudront de multiples arrestations.
En 2020, il purge notamment une peine de six mois de prison ferme à la prison du Koudia pour « atteinte à la personne du président ». Récemment encore, le 19 mai dernier, le tribunal de Constantine l’a condamné à un an de prison, dont six mois avec sursis, illustrant une pression qui ne faiblit jamais.
La politique par la force des choses
Interdit de se présenter aux élections législatives du 2 juillet prochain en raison de ce casier politique, cet ex militant de l’UCP — un temps allié puis brouillé avec Maître Zoubida Assoul — a pourtant toujours refusé la politique de la chaise vide. Pour expliquer cette trajectoire singulière, l’ancien entrepreneur rappelle volontiers que son destin a été forgé par la nature même du pouvoir : « Ce n’est pas moi qui suis allé vers la politique, c’est la politique qui est venue à moi », confiait-il récemment.
Conscient que son projet initial n’était qu’économique et médiatique, il analyse avec lucidité la dérive autoritaire qui l’a happé : « Dans un pays démocratique, une radio reste une simple radio. Mais dans un régime autoritaire, le simple fait d’ouvrir un espace de parole libre se transforme inévitablement en un acte politique. » Aujourd’hui au cœur de la tourmente, Zeghileche assure ne pas vouloir renoncer.


