De 2001 à 2016, le complexe sidérurgique d’El Hadjar, à Annaba, a été détenu et géré par ArcelorMittal, numéro un mondial de l’acier. Quinze années de gestion privée internationale qui n’ont pourtant pas inversé la trajectoire du site : sa production, qui avoisinait 1,5 million de tonnes par an au début des années 1990, est tombée depuis sous la barre des 600 000 tonnes.
Pour Omar Berkouk, ce précédent invalide un argument communément avancé dans le débat sur les entreprises publiques algériennes. Le déclin s’est poursuivi aussi bien sous gestion publique que sous gestion privée internationale, ce qui prive de fondement l’idée qu’un simple changement d’actionnaire suffirait à redresser une entreprise publique en difficulté.
L’économiste ne s’arrête pas au constat négatif. Il situe la véritable cause ailleurs, dans un déficit d’investissement industriel accumulé de longue date, un déficit que le passage sous capital privé n’a pas comblé pendant les quinze années où ArcelorMittal a été aux commandes.
Une comparaison choisie pour appuyer la démonstration
Berkouk met ce constat en regard de la trajectoire de Tosyali Algérie, coentreprise algéro-turque à capital majoritairement privé installée à Bethioua, dans la même filière, qui a investi dans une ligne de laminage à chaud de 4 millions de tonnes et vise un doublement de ses revenus à l’export. Mais l’économiste refuse d’en tirer une conclusion univoque en faveur du statut privé. Pour lui, ce contraste mesure d’abord l’ampleur du sous-investissement côté public, pas une supériorité de nature entre les deux régimes de propriété.
Cette nuance distingue la position de Berkouk d’un discours plus tranché, qui présente parfois la privatisation comme une solution en soi à la restructuration des entreprises publiques algériennes. En s’appuyant sur le seul cas où l’Algérie a expérimenté une privatisation industrielle de grande ampleur dans la sidérurgie, celui d’El Hadjar sous ArcelorMittal, l’économiste retourne l’exemple le plus souvent cité contre l’usage qui en est généralement fait.
Le complexe reste aujourd’hui à la recherche d’un nouveau partenaire industriel. Après les échanges menés avec le groupe malaisien Lion, les autorités se sont tournées vers le sidérurgiste chinois China Baowu, reçu en août 2026 par le ministère de l’Énergie pour un projet d’acier vert associant Sonatrach et la SNS.


