Huit mois après la signature, en marge de l’IATF d’Alger, d’un protocole d’intentions à 2,5 milliards de dollars avec l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, le groupe égyptien revient avec une enveloppe supplémentaire. Mostafa Awad El Halawani, directeur général de la filiale algérienne, l’a annoncée à Asharq en marge de la visite d’une délégation du groupe à Alger. Un milliard trois cents millions de dollars d’investissements neufs. Industrie, logement, tourisme, agriculture.
Le détail des secteurs cités tranche avec l’identité historique d’Elsewedy en Algérie, jusqu’ici cantonnée aux câbles, transformateurs et accessoires électriques. Le groupe est implanté depuis 2008 à Aïn Defla, où son usine produit 30 000 tonnes de câbles cuivre et aluminium par an, complétée en 2012 par une unité de transformateurs et en 2018 par une fabrique d’accessoires. Le logement, le tourisme et l’agriculture relèvent d’une diversification sectorielle inédite pour la filiale.
À cette annonce s’ajoute un second train de projets. « La société est en cours de réception de terrains pour lancer des projets d’une valeur de 2,5 milliards de dollars dans le traitement de l’eau, l’assainissement, l’irrigation agricole et les industries de l’aluminium », a précisé le directeur général égyptien. L’enveloppe correspond, en montant, au mémorandum d’entente signé en septembre 2025 avec l’AAPI lors de la quatrième Foire commerciale intra-africaine. La question reste ouverte de savoir si les 2,5 milliards évoqués mardi recouvrent le même périmètre que ceux annoncés à l’automne, ou s’il s’agit d’une seconde tranche distincte. Aucune précision officielle n’a été apportée sur ce point.
« Eau, irrigation, aluminium »
Le calendrier algérien éclaire l’intérêt du groupe pour ces filières. Le pays a fait du dessalement un axe central de sa politique hydrique. Cinq stations de 300 000 m³/jour ont été mises en service depuis janvier 2025 à Oran, Tipaza, Boumerdès, Béjaïa et El Tarf, et le Conseil des ministres a validé en octobre l’implantation de trois nouvelles méga-stations. L’objectif officiel est de porter la capacité nationale à plus de 2,5 millions de m³/jour à l’horizon 2030, et de couvrir près de 67 % des besoins en eau potable par le dessalement. L’irrigation agricole, deuxième volet annoncé par Helwani, suit la même logique : libérer les ressources conventionnelles pour les périmètres agricoles.
L’aluminium, en revanche, ne relève pas du même registre. Il s’inscrit dans une stratégie de substitution aux importations affichée par l’exécutif depuis trois ans. Le groupe égyptien intervient déjà sur cette matière première, qu’il transforme en câbles à Aïn Defla.
30 millions de dollars d’exportations, 50 millions visés
Sur le volet commercial, El Halawani a confirmé que les exportations d’Elsewedy depuis l’Algérie ont atteint 30 millions de dollars, avec une projection à 50 millions d’ici à la fin de l’exercice en cours. Les marchés ciblés sont restés implicites. Les destinations connues de la filiale incluent l’Italie, l’Espagne, le Chili, l’Arabie saoudite, la Tunisie, la Mauritanie et la Guinée équatoriale. En septembre 2025, lors de l’IATF, la filiale algérienne aurait également décroché un contrat d’exportation de 100 millions de dollars vers la Côte d’Ivoire selon les communications de l’événement.
Le chiffre des 50 millions visés à fin 2026 reste modeste rapporté aux 5,13 milliards de dollars de revenus consolidés du groupe en 2024. Il dit autre chose. Que l’Algérie, dans l’architecture continentale d’Elsewedy, fonctionne d’abord comme une base de production tournée vers le marché intérieur et, désormais, comme un point d’appui pour le marché africain. C’est précisément le récit que défendait, en mars dernier, le ministre Mourad Adjal lors de la réception du directeur général égyptien et de sa délégation, dans le cadre d’une feuille de route Sonelgaz-Elsewedy explicitement orientée vers la conquête de l’Afrique subsaharienne.
Une présence égyptienne qui s’épaissit
Les nouvelles intentions d’investissement, ajoutées aux 2,5 milliards de septembre, hissent le portefeuille déclaré d’Elsewedy en Algérie au-delà de la barre des 6 milliards de dollars d’engagements à concrétiser. L’ensemble s’inscrit dans une présence économique égyptienne déjà significative, évaluée à près de 3 milliards de dollars dans les infrastructures et les engrais avant les annonces de septembre. Le secteur énergétique reste le moteur de cette coopération, avec un mémorandum d’entente signé en avril 2025 entre Sonelgaz et Elsewedy prévoyant l’extension du site d’Aïn Defla, une usine conjointe de transformateurs à très haute tension, et une joint-venture pour des centrales électriques en Afrique et au Moyen-Orient.


