GAT 2026 : entre ambition souveraine et réalités d’un continent encore spectateur du numérique mondial

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Les travaux de la deuxième édition du Global Africa Tech, ont été lancé ce samedi 28 mars à Alger. Trois jours de débats, une importante participation continentale, et une scénographie africaine soignée au Centre international des conférences Abdelatif Rahal.

Dès l’ouverture, le décor est planté, les mots sont forts. Mais derrière les discours, une question s’impose avec insistance : l’Afrique est-elle enfin prête à rendre sa transformation numérique réelle ?

La rhétorique de la souveraineté

Dans le discours du président Tebboune, lu en son nom par le Premier ministre Sifi Ghrieb, l’Algérie se pose en championne d’une souveraineté numérique africaine. Le chef de l’État a affirmé la disponibilité de l’Algérie à jouer un rôle actif dans l’intégration technologique du continent. Mais aussi, à “consolider la place de l’Algérie en tant que hub de l’innovation numérique dans le continent”.

Sid Ali Zerrouki, ministre de la Poste et des Télécommunications, a lui aussi haussé le ton, soulignant que les transformations accélérées que connaît le monde « imposent à l’Afrique une présence en tant qu’acteur à part entière dans la production technologique, au service des intérêts de ses peuples, de son développement, sa stabilité et sa prospérité ».

Des participants à l’événement ont abondé dans le même sens, affirmant que le Global Africa Tech s’impose comme une plateforme de réflexion pour « instaurer une souveraineté réelle dans le domaine des télécommunications ». Le vocabulaire véhiculté, durant cette journée, dans les différents pannels est celui du réveil. Celui de la rupture avec la dépendance.

Le fossé entre la tribune et le terrain

Car derrière l’emphase des discours officiels, les réalités africaines du numérique restent brutales. Le continent africain demeure massivement consommateur — et non producteur — de technologies. Ses infrastructures de télécommunications sont en grande partie financées, construites et opérées par des acteurs étrangers, qu’ils soient européens, américains ou chinois.

Les câbles sous-marins qui irriguent la connectivité du continent sont majoritairement contrôlés par des consortiums extérieurs. Et l’intelligence artificielle, dont on parle abondamment dans les couloirs du forum algérois et durant les trois jours GAT2026, se développe dans des centres de calcul situés à des milliers de kilomètres des populations africaines.

À l’heure où les grandes puissances se livrent une guerre technologique sans merci- entre les États-Unis et la Chine notamment, avec l’Europe peinant à ne pas décrocher- l’Afrique risque, une fois de plus, d’être le terrain de jeu d’une bataille qu’elle ne maîtrise pas. La question de la connectivité illustre crûment ce paradoxe : si le taux de pénétration mobile progresse, l’accès au haut débit reste un privilège urbain dans la majorité des pays du continent.

De la parole aux actes

Le programme du Global Africa Tech -structuré autour des infrastructures, de la connectivité, de l’IA, du e-commerce et de la cybersécurité- dessine une feuille de route cohérente. Mais la cohérence d’un agenda de conférence ne suffit pas à combler des décennies de retard structurel. Ce qui manque à l’Afrique, ce ne sont pas les discours sur la souveraineté numérique. Ce sont les capitaux propres, les politiques industrielles coordonnées, les écosystèmes de formation, et surtout la volonté politique de dépasser les déclarations d’intention.

En accueillant ce sommet, Alger envoie un signal de positionnement réel sur l’échiquier technologique continental. Reste à savoir si ce signal se traduira, d’ici la troisième édition, par des actes mesurables — ou si le Global Africa Tech restera, comme tant d’autres forums du genre, un magnifique théâtre de l’ambition africaine en attente de sa concrétisation.

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