Guerre d’Algérie : les déboires d’un commandant français trop curieux illustrent le grand recul de Macron 

En 2019, la DGSI perquisitionne le commandant Romain Choron, qui prépare une thèse sur l’usage des gaz par l’armée française durant la guerre d’Algérie. Blanchi, mais toujours pénalisé dans son avancement, les déboires de cet officier illustrent le recul de la politique d’ouverture des archives promise par Emmanuel Macron.

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Février 2017, le candidat Macron en entretien avec Khaled Drareni qualifie le colonialisme de crime contre l'humanité. Depuis, c'est la marche à reculons et le retour du secret d'Etat sur les "oeuvres" de l'armée française en Algérie
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L’histoire est racontée par le journal Le Monde : le 20 novembre 2019, le commandant Romain Choron, chef du département d’histoire militaire à Saint-Cyr, reçoit la visite matinale et musclée des agents de la DGSI chez lui. 

Cet officier de l’armée française est assommé par les accusations qui lui sont faites: “détournement, soustraction, divulgation ou reproduction du secret de la défense nationale » ! Il subit, médusé, de longues heures de perquisition à son domicile et à son bureau.

Des ordinateurs et des livres saisis. Quasiment une scène d’arrestation d’un terroriste que l’on ressasse dans les films du genre. Le commandant Choron n’a pourtant pas livré des secrets atomiques à une puissance étrangère, ni à des groupes terroristes.. 

Son crime? Préparer une thèse de doctorat sur la guerre souterraine de l’armée française en Algérie et l’usage du gaz contre les moudjahidines et les civils réfugiés dans les grottes. Le pire est que ce qu’on lui reprochait formellement en 2019 est d’avoir rédigé une note qui reprenait un article déjà publié en 2016 dans la très officielle “Revue historique des armées” !

Le silence des archives

Entre 2016 et 2019: la descente de police digne d’un film d’espionnage subie par le commandant Choron est révélatrice d’un changement d’époque et d’une crispation de l’establishment français au sujet des “oeuvres” de l’armée française en Algérie. Une reprise en main après les promesses de Macron d’une plus grande ouverture des archives sur la guerre menée en Algérie.

Les gardiens du temple entreprennent de s’assurer du silence des archives en déployant des tortueux verrous bureaucratiques pour cadenasser le passé. Ce fut d’abord l’IGI-1300, une instruction interministérielle émise en 2019 qui impose un protocole de déclassification des archives « feuillet par feuillet » avec à la clé une menace de poursuites pour « délit de compromission ». 

Le commandant Choron l’a subie en premier. Les chercheurs s’insurgent et le Conseil d’État leur donne raison et annule cette instruction-verrou. Mais, l’Etat profond ne s’avoue pas pour autant vaincu. Grâce à une disposition introduite dans une loi anti-terroriste, les verrous ont été rétablis en imposant des des délais de cinquante ans renouvelables sur les zones jugées sensibles.

Dernier rempart: une interdiction absolue et sans limite de temps est opposée à tous les documents traitant d’armes chimiques, biologiques ou nucléaires. Formulation qui permet d’exclure l’accès aux archives sur l’usage des gaz et des armes chimiques durant la guerre d’Algérie. 

Le renoncement de Macron

Le commandant Romain Choron a certes été blanchi mais, rapporte Le Monde, son avancement est bloqué tandis que les vannes des archives sont à nouveau fermées à double tour. La mésaventure de cet officier dit pratiquement tout sur la marche à reculons du président Emmanuel Macron sur la question mémorielle. 

 En février 2017, Emmanuel Macron, candidat à la présidence, avait semblé faire un grand pas en déclarant, dans un entretien accordé à Khaled Drareni, que la colonisation française en Algérie de « crime contre l’humanité ».

La sortie, qui a choqué les politiciens et les médias de droite, semblait, vue d’Algérie, porteuse d’une promesse de réconciliation et de vérité. Cela laissait entrevoir une rupture avec les non-dits de la France officielle. 

Devenu président, les actes symboliques se sont certes succédé – à l’instar de la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans l’assassinat de Maurice Audin en septembre 2018, puis de Ali Boumendjel. Celle de Larbi Ben M’hidi a écoeuré en Algérie tant elle semblait être un lot de consolation à la décision de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental.

Ces gestes, perçus à Alger comme des concessions « au compte-gouttes » motivées par des calculs politiques intermittents, ont fini par irriter profondément la société et le pouvoir algériens, les promesses d’ouverture sur les questions mémorielles se sont heurtées au secret d’Etat.

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