Alors que la fermeture du détroit d’Ormuz perturbe les approvisionnements mondiaux en énergie, le patron de l’Agence internationale de l’énergie appelle l’Europe à résister à la tentation du gaz russe. L’Algérie, elle, n’a pas attendu la crise pour se repositionner.
Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, a tenté de calmer les marchés cette semaine. Le monde ne manque pas de pétrole, a-t-il affirmé. Le problème est logistique, pas productif : comme si un baril bloqué en mer valait autant qu’un baril livré. Pour les raffineries européennes en rupture de kérosène, la nuance est mince.
Les perturbations restent liées à la quasi-paralysie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février. Environ un cinquième du gaz mondial transite par Ormuz, dont la navigation a pratiquement cessé depuis l’ouverture des hostilités. Depuis, les prix du pétrole ont progressé de près de 20 %. Avant le conflit, l’AIE anticipait un excédent mondial de 3,7 millions de barils par jour en 2026.
Birol a précisé que l’agence place toutes les options sur la table, y compris la libération des stocks stratégiques, sans qu’aucun plan de tirage ne soit arrêté à ce stade. Les pays membres de l’AIE sont tenus de maintenir des réserves couvrant 90 jours de consommation, un mécanisme d’urgence qui nécessite une décision collective.
Le retour au gaz russe serait une erreur
Sur le gaz, Birol a été le plus tranchant. S’exprimant à l’occasion d’une réunion avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et les commissaires européens à l’énergie, il a mis en garde l’Europe contre la tentation de revenir aux approvisionnements russes. La crise du Moyen-Orient, a-t-il reconnu, ravive inévitablement la question. Mais ce serait, selon lui, une erreur économique et politique.
L’argument repose sur les perspectives d’offre mondiale. L’AIE anticipe l’arrivée de quelque 300 milliards de mètres cubes de GNL supplémentaires sur les marchés mondiaux dans les cinq prochaines années, dont 75 % de volumes flexibles qui modifieront durablement les dynamiques de prix. Dans ce contexte de surabondance annoncée, reconstituer une dépendance à Moscou n’aurait aucune justification commerciale, et présenterait des risques politiques que l’Europe a déjà éprouvés à ses dépens.
Moscou, de son côté, continue de brandir la menace d’une coupure des livraisons vers l’Europe. Les données de marché racontent pourtant une autre histoire : les expéditions du projet Yamal GNL, non soumis aux sanctions, ont progressé de 0,4 % en février 2026 sur un an. La menace et le commerce coexistent.
Le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL, a pour sa part averti que les perturbations liées à la guerre pourraient durer des semaines, voire des mois après la fin du conflit. Le ministre de l’Énergie Saad ben Cherrida al-Kaabi a indiqué que le retour à la normale des calendriers de livraison prendrait du temps, même une fois les hostilités terminées.
Une fenêtre pour l’Algérie
Dans ce désordre, l’Algérie occupe une position singulière. Son gaz rejoint l’Europe par les gazoducs TransMed et Medgaz directement sous la Méditerranée, hors de portée des perturbations d’Ormuz. L’Algérie est déjà le deuxième fournisseur de gaz de l’UE par gazoducs, avec une part de marché de 19,4 % au premier trimestre 2025, devançant la Russie et se classant juste derrière la Norvège. Sonatrach a signé dix-sept contrats en un an, renouvelant ses engagements avec des clients européens, de la tchèque ČEZ au slovène Geoplin. La crise qui s’est ouverte le 28 février pourrait transformer cette position en levier de premier plan.
Birol a raison sur un point. Le problème n’est pas la ressource. Le problème, c’est de savoir qui en contrôle les routes, et à quel prix politique.
















