Le Front Polisario, tout en défendant le principe d’une consultation des Sahraouis, aurait mis sur la table, au cours des négociations sur le Sahara occidental menées sous les auspices des États-Unis, l’option d’un statut d’État associé sur le modèle de Porto Rico.
L’information est rapportée par le journaliste spécialiste du Maghreb, Ignacio Cembrero, dans un article intitulé « Au cœur des négociations secrètes menées par les États-Unis pour résoudre le conflit du Sahara occidental », publié sur le site Middle East Eye.
Le modèle de Porto Rico est celui d’un État libre associé aux États-Unis : le territoire dispose d’une large autonomie interne, d’une constitution et d’un gouvernement propres, mais les États-Unis conservent la souveraineté, la défense et la politique étrangère. Les habitants sont citoyens américains, tandis que l’île n’est pas un État fédéré et ne participe que de manière limitée aux institutions politiques américaines.
La mention d’un statut d’État associé constituerait une évolution notable dans les positions diplomatiques. Inspirée du système américain, elle va à l’encontre de la volonté des négociateurs marocains d’imposer une autonomie la plus limitée possible, avec une affirmation forte de l’autorité du Roi.
Dans un tel schéma « portoricain », le Sahara occidental pourrait disposer d’institutions politiques propres, voire d’une constitution locale, tout en conservant une relation institutionnelle avec le Maroc. Une telle formule constituerait une tentative de compromis entre l’indépendance revendiquée par le Polisario et le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine défendu par Rabat.
Des discussions très tendues
Cependant, les lignes rouges des parties restent éloignées. Selon les informations rapportées par Cembrero, le Polisario continue d’exiger que tout statut final soit approuvé par un vote des Sahraouis, y compris ceux vivant dans les camps de réfugiés en Algérie. Rabat, de son côté, rejette catégoriquement cette option et privilégie une réforme constitutionnelle qui serait soumise au vote de l’ensemble de la population marocaine.
Les négociations décrites par Cembrero montrent aussi que le climat entre les délégations reste extrêmement difficile. Citant des sources proches du dossier, le journaliste souligne que « le ton autour de la table a été très tendu » et que les délégations étaient « à peine polies entre elles ».
En d’autres termes, bien que le simple fait que les représentants marocains et sahraouis se retrouvent face à face constitue un événement diplomatique — ils ne s’étaient plus rencontrés directement depuis 2019 — les positions demeurent profondément antagonistes.
L’optimisme américain se heurte aux réalités du conflit
Ces discussions s’inscrivent dans une initiative diplomatique soutenue par l’administration du président américain Donald Trump, qui cherche une solution favorable au Maroc. Les réunions ont été organisées sous la supervision de l’émissaire américain pour l’Afrique, Massad Boulos, qui a pris le pas sur l’envoyé personnel de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, lequel a néanmoins participé à la réunion.
Washington estime qu’un accord sur le Sahara occidental pourrait ouvrir la voie à une détente plus large entre le Maroc et l’Algérie, dont les relations diplomatiques sont rompues depuis 2021. Mais, à en croire les sources citées par Cembrero, cette perspective reste pour l’instant lointaine, loin de l’optimisme de Steven Witkoff, l’envoyé spécial de Trump pour le Moyen-Orient, qui annonçait en octobre 2025 une solution dans « 60 jours ».
Plusieurs mois après l’annonce de l’initiative américaine, aucune avancée concrète n’a été enregistrée et aucune date n’a été fixée pour une nouvelle réunion des parties. Les divergences demeurent profondes et l’objectif affiché d’un règlement rapide se heurte à la complexité politique d’un conflit qui dure depuis des décennies. Dans ce contexte, la référence à un possible statut d’État associé apparaît surtout comme l’un des scénarios explorés dans les coulisses diplomatiques. Sur le fond, la sortie de l’impasse politique reste, pour l’instant, incertaine.
















