Investissement en Algérie : Idir Saci plaide pour décentraliser la prise de décision

À quelques jours de l'échéance fixée par le chef de l'État pour la mise en service du guichet unique de l'investissement, l'expert financier Idir Saci appelle à ne pas en faire un outil de centralisation. Invité dimanche sur la Chaîne 3 de la Radio Algérienne, il plaide pour centraliser la vision stratégique et décentraliser la prise de décision opérationnelle.

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L'expert financier Idir Saci, invité de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, dimanche 27 septembre 2026. © Capture écran Radio algérienne

Le président Abdelmadjid Tebboune a présidé mercredi 23 septembre une réunion de travail consacrée à la finalisation du décret présidentiel relatif au guichet unique de l’investissement et à son entrée en service. L’échéance avait été fixée dès le 9 septembre, lors d’une réunion précédente sur l’investissement. Le dispositif doit être pleinement fonctionnel avant la fin du mois. Pour Idir Saci, ce texte fait suite à un processus ouvert avec la création de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI).

Il est ensuite passé par une série d’arbitrages fonciers industriels entre les autorités locales et l’administration centrale. Le conseil d’administration de l’agence réunit désormais, selon lui, des secrétaires généraux et des décideurs désignés par décret, issus notamment de l’Industrie, des finances, de l’Agriculture et des départements qui gèrent le foncier, les permis de construire et l’environnement. « L’objectif, c’est une prise de décision rapide et une délégation de pouvoir pour que les choses soient tranchées de façon rapide et directe », explique-t-il. L’opérateur n’aura plus à circuler d’un ministère à l’autre. « C’est une seule entrée. »

L’expert porte pourtant le débat vers l’étape suivante. « Nous sommes un grand pays, nous avons besoin de décentralisation. Un guichet unique ne devrait pas vouloir dire une centralisation », prévient-il. Il admet que le dispositif actuel « peut être un début ». Il fixe cependant un cap. « L’idée du guichet unique ne devrait pas être une centralisation opérationnelle, mais plutôt une centralisation stratégique. (…) La vision à moyen terme serait de décentraliser la prise de décision et de centraliser la vision stratégique. » À terme, il entrevoit « une redéfinition du rôle de l’AAPI dans un volet beaucoup plus stratégique. »

Cette mission relèverait de l’aménagement du territoire, avec des pôles industriels sur les Hauts-Plateaux et des chaînes de valeur intégrées. Il cite le projet de Gara Djebilet comme exemple de développement pensé à l’échelle d’une région.

Le déficit d’information, premier obstacle

Son argument tient à l’évolution des chaînes d’approvisionnement depuis la pandémie. « Aujourd’hui, la production suit le client », observe-t-il. Chaque décision d’investir vise désormais à réduire le coût logistique en se rapprochant du marché ou de la matière première. Une telle politique suppose de savoir ce dont le pays dispose, et c’est là que le bât blesse.

Jeudi 24 septembre, le Premier ministre Sifi Ghrieb a inauguré à Tissemsilt l’unité General Plastic Injection, rattachée au holding public ACS et issue des biens confisqués par des décisions de justice. Il a fixé la date limite d’importation des pièces plastiques automobiles pouvant être fabriquées localement au 31 décembre 2026. Idir Saci approuve la mesure, d’autant plus que l’outil « appartient à l’Algérie ». Il relève toutefois qu’« il s’avère que nous avons effectivement découvert l’existence de cette usine ».

Les plateformes déclaratives mises en place ces dernières années ne corrigent pas ce défaut. « Je pense qu’elles ne remplissent pas le rôle exigé, à savoir fournir des données exploitables aux administrations dans le cadre de la stratégie sectorielle », estime l’expert. Selon lui, ces outils servent surtout à gérer des budgets. Il invite le ministère de l’Industrie à revoir sa conception.

La réponse qu’il propose passe par un inventaire national des ressources. Il réclame une cartographie « pour que nous ayons des pôles qui soient mieux concentrés, mieux outillés pour l’intégration des chaînes de valeur », qu’il s’agisse de logistique, de main-d’œuvre ou de formation professionnelle.

Concentrer les pôles, fait-il valoir, rendrait l’offre de l’État plus efficace et améliorerait les statistiques. Cette vision prospective reviendrait à l’AAPI ou à une entité dédiée. Pour le reste, sa ligne ne varie pas. « Le côté opérationnel, vu la grandeur de notre chère nation, il faudrait aller beaucoup plus vers la décentralisation et la dématérialisation. »

Le décret présidentiel doit entrer en vigueur d’ici mercredi 30 septembre. L’AAPI affichait fin 2025 plus de 19 000 projets enregistrés depuis sa refonte, dont moins de 10 % étaient en exploitation. C’est sur ce taux de concrétisation que le nouveau dispositif sera jugé.

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