Le Brent cotait 95,85 dollars le baril lundi matin, en repli de 4,35 % par rapport à la clôture de jeudi à 103,54 dollars. Le WTI américain perdait pour sa part 4,66 dollars à 91,94 dollars, soit un recul de 4,82 %. Les deux références mondiales du brut ont ouvert en nette baisse, effaçant en quelques heures une partie des gains accumulés depuis la fermeture du détroit d’Ormuz fin février.
Le mouvement vendeur trouve son origine dans un post publié samedi soir sur Truth Social. Donald Trump y affirmait qu’un accord-cadre avec Téhéran avait été «en grande partie négocié» et restait “soumis à finalisation”, ajoutant que les détails finaux seraient annoncés “prochainement”. “Le détroit d’Ormuz sera ouvert”, écrivait-il. Aucune confirmation officielle n’est venue de Téhéran. L’agence Fars, proche des Gardiens de la révolution, a indiqué au contraire que de larges désaccords subsistaient, notamment sur le contrôle du détroit, qualifiant d'”incompatible avec la réalité” l’affirmation selon laquelle l’Iran cesserait d’en maîtriser l’accès.
Le dimanche, Trump a tempéré son propre enthousiasme. Sur Truth Social, il a indiqué avoir demandé à ses représentants de «ne pas se précipiter», estimant que “le temps joue en notre faveur” et rappelant que “le blocus restera en vigueur jusqu’à ce qu’un accord soit conclu, certifié et signé”. Il a par ailleurs pris soin de distinguer les négociations en cours de l’accord Obama de 2015, qu’il a qualifié d’«un des pires jamais conclus», assurant que la démarche actuelle en était «l’exact opposé».
“Des allers-retoures sur les détails”
Selon un haut responsable américain cité par Axios, le cadre général de l’accord aurait reçu l’aval du Guide suprême Mojtaba Khamenei, mais “il reste encore des allers-retours sur des détails précis”. La nature “lente et opaque” du processus décisionnel iranien pourrait retarder la conclusion de plusieurs jours.
Le texte en cours de négociation prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours durant laquelle le détroit d’Ormuz serait rouvert, l’Iran pourrait vendre librement son pétrole, et des négociations s’ouvriraient sur la limitation du programme nucléaire. Le projet de mémorandum inclurait des engagements iraniens à ne jamais développer d’arme atomique et à négocier une suspension de l’enrichissement d’uranium.
Le principe américain reste celui du “relief for performance” : Téhéran réclamait un dégel immédiat de ses avoirs et un allègement permanent des sanctions, Washington n’accordant ces contreparties qu’après des concessions tangibles et vérifiables. Les critiques républicaines n’ont pas tardé. L’ancien secrétaire d’État Mike Pompeo a dénoncé sur X un accord qui “paierait les Gardiens de la révolution pour construire un programme d’armes de destruction massive”.
Le mécanisme de marché est bien connu des opérateurs. Lors du rebond à 98 dollars en avril, après l’annonce du premier cessez-le-feu, les marchés avaient déjà démontré leur sensibilité extrême à tout signal diplomatique. La surcote liée au risque iranien était alors estimée à 10 dollars par baril. Au cours des dernières vingt-quatre heures, au moins 33 navires dont des pétroliers ont transité par le détroit d’Ormuz avec l’autorisation de l’Iran, selon l’IRGC Navy, signe que Téhéran garde la main sur le robinet même en pleine négociation.


