Le Brent repasse à 98 dollars : la trêve Iran-États-Unis ne convainc pas les marchés

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Brent à 98,17 dollars jeudi matin. Moins de vingt-quatre heures plus tôt, le même baril touchait 90,40 dollars, son plus bas depuis près d’un mois, dans la foulée d’une annonce de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran accueillie avec un enthousiasme que les marchés ont rapidement relativisé.

Mercredi, les prix du pétrole avaient chuté de 13 % à la suite de l’annonce du cessez-le-feu. Le Brent a atteint son plus bas niveau depuis près d’un mois à 90,40 dollars, reculant après des gains mensuels records en mars. Jeudi matin, le baril avait déjà regagné l’essentiel du terrain perdu. Le rebond technique masque à peine ce que les opérateurs n’osent pas encore nommer : une trêve de papier.

«Tout signe indiquant que le cessez-le-feu ne tient qu’à un fil»

Dans la nuit de mardi à mercredi, Donald Trump a accepté de suspendre les opérations militaires pour deux semaines. En échange, les dirigeants iraniens ont promis la réouverture du détroit d’Ormuz, mais toujours sous leur contrôle. La formule iranienne dit tout : Téhéran n’a pas renoncé à la maîtrise du passage par lequel transite, en temps de paix, un cinquième du pétrole et du gaz naturels mondiaux.

L’Iran accuse les États-Unis d’avoir violé les termes du cessez-le-feu, ravivant les tensions diplomatiques et militaires dans la région. Simultanément, les frappes israéliennes au Liban et les incidents impliquant des drones accentuent les inquiétudes, le Liban ayant affirmé vouloir utiliser «tous les moyens» pour répondre aux attaques.

C’est précisément sur ce point que l’accord achoppe. Un cessez-le-feu au Liban constitue l’une des «conditions essentielles» de l’Iran énoncées dans son plan en dix points, a insisté le président iranien Massoud Pezeshkian. Washington, qui ne contrôle pas les actions d’Israël au Liban, se retrouve dans l’impossibilité pratique de satisfaire cette exigence. «Tout signe indiquant que le cessez-le-feu ne tient qu’à un fil peut rapidement inverser l’amélioration de l’appétit pour le risque d’aujourd’hui, les prix du pétrole réagissant en premier», avertit Matthew Ryan, responsable de la stratégie de marché chez Ebury.

Un accord dont les contours restent flous

La proposition iranienne en dix points exige notamment la fin des sanctions internationales et le retrait des forces de combat américaines. Autant de conditions que l’administration Trump ne peut accepter qu’au terme de négociations longues, dont personne ne connaît l’issue. Les négociations se dérouleront à Islamabad, au Pakistan, et Donald Trump pourrait personnellement s’impliquer pour les faire aboutir.

Sur les marchés, la prudence reprend ses droits. Janiv Shah, en charge des marchés des matières premières chez Rystad Energy, note que «les assureurs et armateurs considèrent toujours le transit dans le Golfe comme dangereux». Il faudra des semaines pour que les 3 000 bateaux bloqués de part et d’autre du détroit d’Ormuz puissent reprendre leur route, seuls 200 navires pouvant y transiter par jour.

«La grande question est désormais de savoir s’il s’agit simplement d’un rebond technique ou du début d’un mouvement plus durable», résume l’analyste Razaqzada. Les chiffres donnent une indication : le Brent et le WTI ont respectivement progressé de 50,8 % et 68,5 % depuis fin février jusqu’au 7 avril. Même corrigée de la prime de guerre, la courbe ne retournera pas de sitôt aux niveaux d’avant-conflit.

Donald Trump a annoncé que l’armée américaine resterait déployée à proximité jusqu’à l’application d’un «réel accord». Formulation qui, à elle seule, mesure la distance restant à parcourir.

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