Mercredi 20 mai au soir, le baril de Brent de la mer du Nord évoluait encore autour de 110 dollars. Moins de vingt-quatre heures plus tard, il s’affichait à 106,77 dollars sur les marchés, en hausse sur la séance du jeudi mais bien en retrait des sommets récents, après une journée de mercredi marquée par une chute atteignant brièvement 103,24 dollars.
Le déclencheur est, une fois encore, une déclaration de Donald Trump. Le président américain a assuré mercredi que les négociations avec Téhéran pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient étaient entrées dans leur «dernière phase». «Nous verrons bien ce qui va se passer. Soit nous parviendrons à un accord, soit nous prendrons des mesures un peu plus sévères. Mais j’espère que cela n’arrivera pas», a-t-il déclaré devant un pool de journalistes à Washington, des propos qui ont renforcé le mouvement baissier déjà à l’œuvre sur le marché. Vers 12h10 heure de l’Est, le Brent perdait 5,55% à 105,10 dollars, après être brièvement tombé à 103,24 dollars.
Chaud et froid
Ce n’est pas la première fois que les marchés pétroliers réagissent mécaniquement aux déclarations du locataire de la Maison-Blanche. Selon Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB, Donald Trump adopte un ton nettement plus apaisé dès que le Brent «s’échange au-delà des 110 dollars le baril», mais sans «aucun progrès réel dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran». Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown, abonde dans le même sens, estimant que si Trump a «donné aux marchés une raison de souffler, faisant naître l’espoir que les négociations puissent reprendre», «le marché commence à prendre ce genre de gros titres avec des pincettes».
La veille, Trump avait déclaré que la guerre avec l’Iran se terminerait «très rapidement», tout en menaçant simultanément de nouvelles frappes faute d’accord dans les prochains jours. Le vice-président JD Vance avait pour sa part salué des «progrès» dans les négociations américano-iraniennes. Ces signaux contradictoires, émis à quelques heures d’intervalle, ont alimenté une volatilité qui dure depuis la fermeture de fait du détroit d’Ormuz, fin février.
Le Brent en régime de haute instabilité depuis mars
La trajectoire du baril depuis l’ouverture des hostilités américano-israéliennes contre l’Iran illustre ce régime d’instabilité. Les cours avaient brièvement dépassé 110 dollars le baril en début avril, après avoir connu des pics à 120 dollars en mars lors des premières semaines de conflit. Chaque annonce de désescalade a provoqué une correction brutale, comme le 8 avril, quand l’annonce d’un cessez-le-feu conditionnel de deux semaines par Trump avait fait plonger le Brent de 5,8% à 103,42 dollars.
La baisse des cours cette semaine est également favorisée par l’extension de trente jours de la suspension des sanctions américaines pesant sur le pétrole russe stocké en mer, une mesure présentée lundi par le secrétaire au Trésor Scott Bessent comme destinée «à stabiliser le marché du brut».

