Le film Michael de Antoine Fuqua dédié à Michael Jackson est en train de battre tous les records d’entrées dans la demi-douzaine de salles qui le distribue sur le modeste réseau de salles nouvelles ou rénovées en Algérie. Lancé dans la même semaine que le reste du monde fin avril dernier, le film provoque un phénomène d’attractivité intergénérationnelle inédit avec des salles pleines d’adolescents et de jeunes grands-parents à la fois.
Michael Jackson est décédé le 25 juin 2009, et beaucoup de spectateurs qui font le succès planétaire de son biopic étaient à peine nés ou pas encore et découvre le roi absolu de la Pop avec ce film. La projection de Michael s’est transformée en plusieurs occasions en concert live avec un public dansant et chantant en même temps que la bande son. Les chiffres de fréquentation du complexe multiplex TMV de Garden City à Chéraga près d’Alger, qui fonctionne depuis son inauguration comme un test d’audience en Algérie — à la manière du Grand Rex à Paris —, donnent la mesure de l’impact de ce tsunami musical et filmique qui a touché cette fois le « littoral » algérien.
TMV, baromètre d’un blockbuster pas comme les autres
Sur ce seul spot de la banlieue ouest d’Alger, les données d’exploitation révèlent une efficacité commerciale hors norme. En à peine un mois, le biopic totalise déjà 18 618 entrées sur 153 séances, générant la recette de 16,69 millions de dinars. À titre de comparaison, le film d’animation Vice-Versa 2, leader en volume du complexe, avait requis plus de quatre mois et 353 séances pour établir son record de 20 865 entrées. Plus significatif encore, Michael pulvérise les indices de rentabilité de l’infrastructure avec une moyenne vertigineuse de 122 spectateurs par projection et un taux d’occupation par siège de 63 %.
Ce coefficient d’efficacité, le plus élevé jamais enregistré par l’exploitant, surclasse nettement les performances de succès installés tels que Lilo & Stitch (46 %) ou Zootopie 2 (43 %), confirmant que le public algérois sature régulièrement la salle principale lors des séances du soir.
L’effet « booster » patrimonial face à l’étroitesse du réseau
Cette rentabilité immédiate, matérialisée par un produit moyen supérieur à 109 000 DZD par séance, prouve la viabilité du cinéma en Algérie lorsqu’il est catalysé par des œuvres à fort ancrage mémoriel. Ces productions « patrimoniales » agissent comme de puissants accélérateurs économiques pour les opérateurs privés, capables d’amortir rapidement leurs investissements technologiques. Cependant, ce triomphe local ravive le débat structurel sur l’extrême étroitesse du parc cinématographique national.
Si le public répond présent dans les rares îlots de modernité d’Alger ou au Ciné Gold d’Oran au multiplex d’Es-Senia , l’absence d’un maillage territorial dense limite drastiquement le potentiel des œuvres. Cette pénurie d’écrans pénalise en premier lieu la production cinématographique nationale, privée de circuits de distribution viables pour rentabiliser ses créations en dehors des subventions étatiques. Le goulot d’étranglement se situe d’ailleurs souvent en amont de la distribution. Le réalisateur Bachir Derrais, auteur “Larbi BenMhidi”, film censuré par le ministère de moudjahidines, co-producteur, butte depuis des années sur le tournage d’un biopic du chanteur emblématique Matoub Lounes.
Un alignement mondial et maghrébin remarquable
Au-delà des frontières, les performances de Michael s’inscrivent en parfaite synchronicité avec le marché international et régional. À l’échelle globale, le long-métrage s’est déjà hissé en un mois à la deuxième place du box-office mondial de l’année 2026, talonnant les 800 millions de dollars de recettes, portées à 60 % par les marchés hors États-Unis.
Le Maghreb n’échappe pas à ce déferlement : les nouveaux réseaux de multiplexes de Casablanca, Tunis ou Oran enregistrent des affluences similaires. Cette convergence démontre que le public algérien n’évolue pas en vase clos. Il réagit avec la même ferveur et les mêmes codes de consommation globale face au mythe réactivé du Roi de la Pop. Ce tsunami confirme ainsi la maturité d’un marché local qui n’attend que l’extension de ses infrastructures pour exprimer tout son potentiel économique.


