Après des décennies d’exil prolongé loin de leur terre natale, les camps sahraouis révèlent une transformation profonde de la vie quotidienne de leurs habitants.
Cinquante ans après le départ des Espagnols et la création de la RASD (27 février 1976), plus de 173 000 personnes y vivent aujourd’hui, tandis que d’autres ont émigré vers l’Espagne et d’autres régions du monde – on les appelle ici les echatat (les dispersés ).
Racines Vivantes
Aghouinit, daïra de la wilaya d’Aousserd, a hébergé les délégations venues assister aux festivités du 50e anniversaire de la création de la RASD, reportées cette année à avril en raison du ramadan.
Nous logeons chez Laroussi, vétéran de la bataille d’El Kengra (1976). Il porte encore des éclats de plomb dans le corps. Aujourd’hui, son fils Azroug a pris le relais : il fréquente une école d’instruction militaire dans les camps.
Azroug, comme Aghouinit, appartient à une série de prénoms et toponymes issus de la langue hassaniyya qui structure le quotidien sahraoui. Portée par la poésie el-boueir, le melhfa et l’hospitalité karama, elle demeure intacte malgré le multilinguisme.
Les Sahraouis ne s’expriment entre eux qu’en hassaniyya, dialecte mêlant berbères nord-africain et l’influence arabe, empreinte de l’identité nomade du désert.
Évolution urbaine et infrastructures
Les réfugiés sahraouis se sont sédentarisés. Malgré le sol aride et les conditions climatiques très dures de la région, les tentes qui garnissaient le paysage des camps ont laissé la place à des constructions en maçonnerie quasi universelles, ici à Aousserd et dans les quatre autres wilayas (Smara, Laâyoune, Boujdour, Dakhla), selon les témoignages recueillis.

L’électrification via le réseau algérien illumine désormais ruelles et habitations. Les bacs d’eau et stations de dessalement récentes réduisent la dépendance aux citernes, contrastant avec les pénuries d’alors. Côté transports aussi, les Sahraouis se sont dotés de leurs propres moyens : véhicules station, handay et séries Mercedes des années 90.
« Katar kheir el Djazair », nous répond-on systématiquement lorsque nous évoquons les conditions de vie dans ces camps, transformés depuis des années, voire des décennies. « Fini le calvaire de rapiécer les tentes après chaque tempête de vent ou de pluie. Nous n’avons ni ressources ni travail stable, mais ces maisons préservent aujourd’hui notre dignité », lâche notre hote, Mahfoudatou.
Horizons multilingues pour la jeunesse sahraouie
L’éducation est gratuite jusqu’à 15 ans (taux de scolarisation de 83 à 92%, selon les estimations officielles), gérée par le ministère sahraoui de l’Éducation, prépare les meilleurs à des bourses en Algérie et ailleurs. Le secteur était fortement représenté lors des festivités du cinquantenaire, avec des parades illustrant les différents paliers de l’enseignement.

Le centre d’enseignement de l’anglais trônait dans l’espace de la foire, aux côtés d’un musée dédié à la résistance et à la culture locale. Une scène mobile y était installée en prévision de la soirée musicale organisée par la radio et la télévision sahraouies.
En plus de l’anglais, quelque 2 700 enfants reçoivent un enseignement du français, complétant l’arabe hassaniyya et l’espagnol pour viser migrations ou entrepreneuriat régional.
Quant à Bilal, le fils cadet de Laroussi et Mahfoudatou, il a quitté l’école pour se consacrer à l’enseignement coranique. Ghalia et ses camarades d’âge ont plus d’horizons : certains ont même le privilège du vélo et de la trottinette à batterie.
Dynamique Économique
Nous sommes au Salon de la production locale organisé à Awserd à l’occasion du ciquantenaire de la RASD. Des produits agricoles du camp de Laâyoune et Dakhla y sont exposés : carottes, poivrons, tomates … ainsi que des produits dérivés des céréales, comme la rouina, transformés dans des unités installées dans les camps de réfugiés.


Des femmes se sont spécialisées dans l’emballage de savons, de javel et d’autres produits cosmétiques achetés à Tindouf. On y trouve également une variété de produits artisanaux. L’ONU a financé des programmes spécifiques pour le développement de ces activités, permettant aux réfugiés d’aspirer à l’autosuffisance face à la raréfaction des aides internationales.


