L’extrême droite en offensive en France : Bolloré brandit le “trophée” Sansal et décapite Grasset

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Sansal quitte Gallimard pour Bolloré, Daoud y reste

L’éviction brutale d’Olivier Nora de la direction des éditions Grasset, confirmée par les révélations de Libération et du Monde ce mercredi 15 avril 2026, vient valider la lecture politique par excellence du ralliement, désormais public, de Boualem Sansal à la sphère d’influence de l’extrême droite.

Ce qui était jusqu’ici une analyse de tendance est devenu une réalité économique et politique brutale : la « bollorisation » ne se contente plus d’influencer, elle décapite les structures historiques pour imposer une cohérence idéologique totale à l’approche de 2027.

Un investissement politique plutôt que commercial

L’investissement d’un million d’euros pour rallier Boualem Sansal relève moins d’une stratégie commerciale que d’une bataille culturelle menée par le groupe Bolloré. L’affaire révèle une mutation profonde du modèle économique de l’édition française. Le limogeage d’Olivier Nora, après vingt-six ans de gestion prestigieuse, marque la fin du schéma traditionnel incarné par des maisons comme Gallimard.

Face à l’indépendance de la « vieille édition » — où le succès littéraire et l’autonomie du catalogue dictent la stratégie — émerge un modèle Bolloré protéiforme et intégré. L’édition n’est plus une fin en soi, mais un maillon d’une chaîne de valeur multimédia (CNews, Europe 1, JDD) destinée à saturer l’espace public. Le contrat massif proposé à Sansal vise à installer l’écrivain comme un « toutologue » de plus, légitimant une rhétorique de combat.

Le risque culturel

Cet enjeu politique se fait au prix d’un risque systémique de perte de valeur culturelle. En imposant une ligne éditoriale par le haut, Vivendi prend le risque de dévaluer ses propres actifs : des plumes majeures de Grasset s’organisent déjà pour récupérer leurs droits et quitter l’empire.

Ce scénario rappelle le précédent Fayard de 2024, où l’arrivée de Lise Boëll, éditrice d’Éric Zemmour, plusieurs fois condamné pour racisme, avait provoqué un importante exode massif d’auteurs refusant de voir leur maison transformée en laboratoire idéologique. Grasset est ainsi intégré à marche forcée dans un dispositif de mobilisation partisane.

La métamorphose d’un auteur et le malaise du « Monde »

Au-delà de la structure, c’est l’image de l’auteur qui subit une métamorphose radicale. Dans une enquête fleuve, Le Monde évoque le malaise grandissant entourant Boualem Sansal, décrivant la mue d’un ancien « martyr de la liberté d’expression » en une figure dont les ambiguïtés désorientent ses soutiens historiques.

Le quotidien décrit une rupture d’image sombre : l’écrivain cède à une « fascisation » du discours, multipliant les déclarations apocalyptiques sur « l’islamisation de la France ». Un connaisseur du milieu le décrit désormais comme un « lapin dans les phares », définitivement « cramé » par sa nouvelle exposition médiatique.

Ce trouble culmine avec un départ de chez Gallimard empreint d’acrimonie. Le Monde relate comment l’auteur occupait gratuitement un appartement de fonction de son ancien éditeur, utilisant les bureaux comme un « desk d’hôtel » jusqu’à y imprimer son manuscrit pour la concurrence. En rejoignant l’écurie Bolloré, Sansal est devenu un « trophée » exhibé lors de cérémonies où trônent Jordan Bardella et Sarah Knafo.

Algérie-France : l’horizon de la confrontation

Cette bascule confirme enfin une divergence stratégique majeure au sein de l’intelligentsia issue de l’immigration. Boualem Sansal et Kamel Daoud, deux écrivains néo-français très prisés des médias, suivent désormais des trajectoires opposées. Alors que Kamel Daoud reste chez Gallimard en adoptant un profil bas sur le sujet, Sansal devient le pivot d’un dispositif médiatique radicalisé.

En allant jusqu’à chanter les « bienfaits » de la colonisation dans les colonnes de Valeurs Actuelles, l’auteur s’aligne sur les thèses les plus révisionnistes de la droite identitaire. Cette accélération préfigure un durcissement drastique des relations entre Paris et Alger. Si l’extrême droite accède au pouvoir en 2027, ce qui est une possibilité sérieuse, le socle idéologique construit aujourd’hui par le groupe Bolloré servira de justification à un durcissement d’une politique étrangère de confrontation.

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