La rentrée scolaire reste paralysée en Libye par une grève nationale des enseignants du secteur public, qui réclament notamment une revalorisation des salaires, une harmonisation de la grille salariale avec les autres fonctionnaires et une couverture médicale.
Le mouvement, lancé à la mi-septembre, s’est étendu de Tripoli à Benghazi et à plusieurs régions du pays, retardant la reprise des cours pour quelque 1,6 million d’élèves.
Initialement prévue le 6 septembre, la rentrée avait déjà été reportée au 13 septembre, les autorités invoquant notamment des travaux de maintenance dans certains établissements. Mais à la nouvelle date de rentrée, des enseignants ont commencé à organiser des sit-in devant les écoles et autres institutions à Tripoli. Le mouvement a ensuite été élargi à une grève générale illimitée dans les établissements publics.
Le syndicat général des enseignants libyens a annoncé le durcissement de la mobilisation après plusieurs jours de manifestations. Le mouvement a notamment rassemblé plusieurs milliers d’enseignants à Tripoli le 24 septembre, avant l’annonce d’une grève générale à partir du 27 septembre.
Des revendications salariales et sociales
Les enseignants demandent une refonte de la grille salariale unifiée de la fonction publique, estimant que les écarts de rémunération entre les différents secteurs publics sont devenus trop importants. Ils réclament également le versement d’arriérés d’allocations, une assurance maladie ainsi qu’une amélioration de leurs conditions de travail.
Selon le porte-parole du Syndicat général des enseignants de Libye, Achraf Abou Raoui, cité par l’AFP, le salaire mensuel d’un enseignant du public se situe entre 1 000 et 2 500 dinars libyens, soit environ 138 à 359 euros. Les enseignants estiment que ces revenus ne suivent pas la hausse du coût de la vie et l’érosion du pouvoir d’achat.
La question ne se limite toutefois pas aux rémunérations. Des enseignants interrogés par Reuters ont également dénoncé l’état de certains établissements, évoquant notamment l’absence de salles informatiques et du matériel scolaire vétuste. Certains affirment que le personnel et les parents sont parfois contraints de financer eux-mêmes une partie des équipements nécessaires au fonctionnement des écoles.
Une mobilisation qui dépasse la division politique
La mobilisation présente une particularité dans un pays divisé entre administrations rivales depuis plusieurs années : elle s’est étendue à la fois à l’ouest et à l’est du pays.
À Tripoli, les enseignants ont organisé plusieurs rassemblements devant des institutions publiques, notamment le siège du gouvernement dirigé par Abdelhamid Dbeibah. À Benghazi, dans l’est du pays, des enseignants ont également rejoint le mouvement, dénonçant notamment la hausse du coût de la vie.
Le syndicat affirme que la mobilisation est largement suivie dans le secteur public. Les établissements privés ne sont, en revanche, pas concernés par la grève.
Le ministère de l’Éducation basé à Tripoli a engagé des discussions avec les représentants des enseignants, notamment autour de la couverture médicale. Il n’a toutefois pas annoncé, à ce stade, de réponse concrète à la principale revendication salariale.
Le calendrier scolaire menacé
La prolongation de la grève fait désormais peser des incertitudes sur le déroulement de l’année scolaire 2026-2027. Le ministère de l’Éducation envisage de modifier le calendrier afin de récupérer les cours perdus, notamment en supprimant ou en reportant certaines périodes de vacances, indiquent des sources médiatiques.
La mesure vise à compenser le retard accumulé depuis septembre, mais aucune date précise de reprise générale des cours n’a été annoncée.

