Alors que l’administration Trump s’enfonce dans la guerre contre l’Iran, dont l’issue rapide s’éloigne, Washington semble chercher au Sahara occidental un terrain de compensation diplomatique. Entre pressions législatives au Sénat et rhétorique sécuritaire, l’objectif est clair : transformer un dossier de décolonisation en levier de pression contre l’Algérie, en liant le Polisario à l’axe de Téhéran.
Confrontée à une escalade avec l’Iran qui dément désormais les promesses d’un conflit éclair et maîtrisé, l’administration Trump semble en quête d’un succès diplomatique immédiat. Le Sahara occidental apparaît dès lors comme un terrain de substitution, où Washington tente d’imposer une solution à marche forcée, faute de pouvoir la construire par le consensus.
La méthode est connue : pression maximale, menaces assumées et instrumentalisation des leviers politiques disponibles. C’est dans cette logique qu’intervient l’initiative législative lancée le 11 mars 2026 au Sénat américain par les figures les plus dures du Parti républicain.
Les sénateurs Ted Cruz, Tom Cotton et Rick Scott ont ainsi déposé le projet de loi S.4063, baptisé Polisario Front Terrorist Designation Act of 2026. Loin d’une simple démarche technique, le texte s’inscrit dans une rhétorique ouvertement alignée sur la confrontation avec l’Iran. Ted Cruz va jusqu’à affirmer — une thèse largement discréditée — que Téhéran chercherait à transformer le Polisario en « Houthis de l’Afrique de l’Ouest », un instrument de déstabilisation du flanc atlantique à travers des drones et les relais du Hezbollah.
Lobbying marocain
Cette offensive au Sénat prolonge une initiative similaire introduite à la Chambre des représentants par Joe Wilson en juin 2025. Une stratégie évidente : requalifier une question de décolonisation, encadrée par les Nations unies, en dossier sécuritaire. À coups d’allégations jamais étayées, le Polisario — et, en filigrane, l’Algérie — sont ainsi présentés comme des menaces potentielles pour la sécurité des États-Unis.
Derrière cette séquence dessine un écosystème d’influence où s’entremêlent idéologie, intérêts géopolitiques et lobbying. Ted Cruz, au cœur de ce dispositif, évolue dans un environnement où d’anciens collaborateurs, reconvertis dans le secteur privé, participent activement à la promotion des positions marocaines à Washington.
Dans cette configuration, la question sahraouie est progressivement arrimée à deux priorités américaines : la consolidation des Accords d’Abraham et la structuration d’un axe anti-iranien. Une convergence qui aligne de plus en plus les choix sécuritaires de Washington sur les objectifs territoriaux de Rabat.
Reste une réalité institutionnelle incontournable : la désignation d’une organisation comme entité terroriste étrangère (FTO) relève exclusivement de l’exécutif, à travers le département d’État. Le Congrès ne peut, en l’état, qu’exercer une pression politique. Mais c’est précisément là l’enjeu : transformer cette pression en levier de négociation.
Dans une logique transactionnelle assumée, l’administration Trump pourrait brandir la menace d’un classement du Polisario comme organisation terroriste pour forcer des concessions et arracher un accord rapide. Une stratégie d’autant plus visible que l’initiative américaine sur le Sahara occidental piétine : aucune nouvelle échéance n’a été fixée après la réunion, restée discrète, tenue à Washington.
Isoler l’Algérie
Pour l’ancien ministre algérien Abdelaziz Rahabi, cette séquence ne laisse guère de place au doute. Dans une analyse publiée sur les réseaux sociaux, il estime que l’objectif des Républicains est clair : « associer le Polisario à l’image diabolisée de l’Iran et le désigner comme groupe terroriste, ce qui ferait de l’Algérie un État soutenant le terrorisme ». Il rappelle également que ce type de décision ne relève pas du Congrès, mais du département d’État, tout en soulignant le rôle déterminant des lobbies « dans la pure tradition américaine de la diplomatie transactionnelle exacerbée » sous Donald Trump.
En agitant le spectre du terrorisme, Washington chercherait ainsi à imposer un dénouement à n’importe quel prix, au mépris du cadre juridique international. Pour Rahabi, l’objectif est aussi d’isoler l’Algérie, en tentant de délégitimer son soutien au droit à l’autodétermination. « Ces initiatives, coordonnées dans leur contenu comme dans leur calendrier, ne peuvent être interprétées que comme des instruments de pression de l’administration américaine », conclut-il. « Embourbé dans un conflit ouvert avec Téhéran qui dépasse ses prévisions, Donald Trump cherche manifestement à se repositionner en homme de paix, tant sur la scène intérieure que dans notre région. »


