« Media City » d’Alger : les coulisses d’un mégaprojet au point mort

LE projet de « ville médiatique » d'Ouled Fayet n'a toujours pas livré la moindre infrastructure visible trois année de son lancement. Cette semaine, le ministre de la Communication, Zoheir Bouamama, a inspecté les locaux vétustes de la Maison de la Presse Tahar Djaout de Sidi M'Hamed et Abdelkader Sfir de Kouba, et a promis des aménagements pour les rendre plus adéquats au travail du journalisme.

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Media city d'alger : un projet pas pour demain image : IA

Bien que la Maison de la Presse abrite essentiellement les titres de la presse papier, ses locaux renseignent sur la précarité chronique qui caractérise le secteur de la presse en Algérie. Face à ce constat, la Media City d’Alger devait donner une autre dimension au paysage médiatique, mais une petite visite sur les lieux démontre que ce rêve n’est pas pour demain. « Comme vous voyez, on travaille, mais la fin du chantier n’est pas pour demain. Et quand je dis qu’il reste encore du temps, il en reste beaucoup », assure un témoin sur le chantier d’Ouled Fayet, en réponse à une question de Maghreb Émergent sur la cadence du chantier.

Sur les lieux, on dénombre une grue à l’arrêt, quelques autres engins, une carcasse à l’entrée du chantier tandis que la partie la plus importante de l’assiette foncière paraît encore nue. Mis à part les travaux de base (aménagement des routes, la viabilisation…), nul trace des tours modernes annoncées en grande pompe et qui devaient être les plus grandes de la région d’Afrique du Nord.

Retour sur un chantier en souffrance

Il y a un peu plus de trois ans, le 5 juillet 2023, jour du 61ᵉ anniversaire de l’indépendance, Abdelmadjid Tebboune pose la première pierre de ce projet, appelé « Dzaïr Media City » sur un terrain d’environ 74 hectares à Ouled Fayet, dans la wilaya d’Alger. Le coût global du projet est estimé à environ 1,6 milliard de dollars, pour un délai de réalisation fixé à 27 mois. Ce qui plaçait, en théorie, l’inauguration aux alentours de l’automne 2025.

En septembre 2023, le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Tarek Belaribi, préside une première réunion technique de suivi avec la société réalisatrice, selon le compte rendu que nous avons trouvé sur le site officiel du ministère de l’Habitat qui supervise le projet.

La réunion a débuté par la présentation d’un court métrage qui comprenait les points suivants: 05 tours et une base essentielle qui assure la connectivité et le mouvement entre les étages inférieurs. “La cité médiatique d’Alger est destinée à tous les opérateurs dans le domaine médiatique et couvre une superficie totale de 629 288 mètres carrés de superstructure, en plus de la deuxième zone réservée aux studios des opérateurs publics”, selon la présentation du ministère.

Le plan de circulation au sein de l’infrastructure a également été abordé, ainsi que le système de refroidissement et de chauffage. Mais voilà qu’en avril 2024, le Conseil des ministres autorise le lancement de l’appel international pour choisir l’entreprise réalisatrice et le bureau d’études.

L’appel d’offres est lancé en septembre. Trois entreprises ont ainsi été retenues : l’entreprise chinoise CSCEC pour la partie réalisation. La même entreprise pour la partie construction en partenariat avec l’entreprise algérienne ENGRG CORPS, tandis que pour la partie études, elle a été confiée à CS WADI.

Confusion sur le budget

La loi de finances 2024 consacre au projet une enveloppe de 220 milliards de dinars en autorisations de programme et 60 milliards de dinars en crédits de paiement, selon le chiffre communiqué par le ministère de l’Habitat. Aucune autre enveloppe n’a été allouée au projet dans les lois de finances 2025 et 2026, alors que l’avis d’attribution du marché mentionne un montant global de 409 037 759 889,71 DA TTC (plus de 409,03 milliards DZD). Par ailleurs, les délais de réalisation passent de 27 mois à 54 mois dans l’avis d’attribution.

Les travaux de viabilisation accusent un retard

Un procès-verbal de l’Agence Nationale de Réalisation des Investissements en Équipement, sous tutelle du ministère de l’Habitat (ANRIE), montre beaucoup de retards dans la réalisation des travaux de viabilisation. Le document date de février 2025 ; il invite Sonelgaz par exemple à envoyer les documents justifiant le marché 41/2023 (déplacement de ligne moyenne tension) et 96/2023 (réseau gaz).

Au 27 février 2025, le PV signale que : «le Maître de l’ouvrage se charge d’élaborer les dossiers comme demandé et de les transmettre à la SONELGAZ, Direction de Distribution de Bologhine, pour examen, en tenant compte des précisions suivantes : l’optimisation du bilan de puissance; dates de besoins énergétiques; l’échéance souhaitée et les futures extensions ».

Des blocages administratifs

En plus des retards dûs à la gestion des relations contractuelles entre le maître d’ouvrage et les différentes entreprises intervenant dans le projet, d’autres aléas ont surgi en cours de route, liés notamment au transfert de propriété. Des sources confirment à “Maghreb Emergent “que plusieurs services chargés du suivi du projet étaient contraints de lever la main sur le dossier.

Nous avons contacté les services du ministere de la communication sur le sujet, mais sans suite au moment de la publication de cet article. Le ministre de la Communication a récemment évoqué devant les députés une réunion d’évaluation prochaine entre son département et ceux de l’Habitat et des Finances afin de redynamiser le projet.

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