Le baril a beau perdre un peu de terrain vendredi matin, personne au marché ne relâche la garde. Vers 7h30, le Brent cédait 1,03 %, à 106,49 dollars, après avoir frôlé les 110 dollars la veille. Le WTI américain suivait la même pente, en repli de 0,74 % à 101,68 dollars. Les deux références restent à leur plus haut niveau depuis mai, et affichent depuis janvier un bond de 77,3 % pour le Brent et 78,3 % pour le WTI.
La cause de cette nervosité porte un nom : Mokha. Les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, auraient pris jeudi le contrôle de cette ville portuaire sur la mer Rouge, une avancée qui les rapprocherait du détroit de Bab el-Mandeb, verrou stratégique pour les exportations saoudiennes. Riyad a répondu par des dizaines de frappes depuis mercredi pour tenter de repousser la progression des insurgés.
« Les Houthis progressent vers le détroit de Bab el-Mandeb après avoir pris le contrôle de Mokha », a rapporté à l’AFP une source militaire des forces gouvernementales yéménites. Ce passage a gagné en poids depuis que l’Iran verrouille, de l’autre côté de la péninsule arabique, le détroit d’Ormuz. Les deux points de passage concentrent désormais l’essentiel du risque pesant sur les flux mondiaux de brut.
Riyad paie déjà le prix de cette double pression. « L’Arabie saoudite a déclaré que sa production pétrolière avait chuté le mois dernier à son plus bas niveau depuis 1990, alors que les Houthis menaçaient les livraisons en provenance de la côte ouest du royaume », relève Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote.
La flambée déborde largement le seul cours du baril. Les contrats sur le diesel américain ont dépassé 5 dollars le gallon pour la première fois depuis 2022, un niveau qui pèse directement sur les coûts de transport et les marges des entreprises, souligne John Plassard. Pour le responsable des investissements à la banque Cité Gestion, le choc le plus dur ne se joue plus sur la disponibilité du brut mais sur celle des navires : les frais de fret ont bondi avec la guerre au Moyen-Orient, et les pétroliers passent désormais plus de temps en mer à cause des détours qu’ils doivent emprunter pour éviter la zone.


