Sukuk à 46,3 % : en Algérie, la COSOB mise sur un double diplôme pour développer la finance islamique

La COSOB lance un master en finance islamique, diplôme universitaire et certification maison à la clé, alors que le sukuk souverain censé incarner ce même secteur peine à convaincre : 46,3% seulement de son objectif de collecte atteint.

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Illustration — pièces et données boursières.
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La Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (COSOB) annonce, dans un communiqué diffusé le 8 septembre 2026, le lancement d’un master professionnel dédié aux marchés financiers islamiques, en coordination avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Présentée par la COSOB comme le premier programme algérien à intégrer un cursus académique et une formation professionnelle, la filière est prévue dès la rentrée universitaire 2026-2027 et s’appuie sur l’arrêté ministériel n°45 du 3 septembre 2026, qui habilite les établissements d’enseignement supérieur à délivrer les diplômes de licence, master, ingénieur d’État et architecte pour l’année en cours.

Un master à double diplôme, une première en Algérie

Les diplômés sortiront avec deux titres distincts. D’un côté, un master universitaire officiel délivré par l’université Alger 3, qui ouvre la voie à une poursuite en doctorat en Algérie ou à l’étranger selon les conditions d’admission. De l’autre, un certificat additionnel délivré directement par la COSOB, qui sanctionne le volet professionnel de la formation, assuré sous la supervision conjointe de la Commission et de l’Institut de formation bancaire (IFB). Cette double sanction, académique et réglementaire, distingue ce master des formations post-graduées que la COSOB avait fait sortir en 2025 avec l’IFB, hors système universitaire, sans diplôme d’État à la clé.

La Commission avait par ailleurs signé, en avril 2026, une convention avec l’Institut de recherche et de formation en finance islamique (IRFFI, adossé à Al Baraka Bank), pour une certification distincte de « professionnel du marché financier islamique ».

En un an, la COSOB a ainsi multiplié les dispositifs de formation. Le communiqué ne cite aucun modèle étranger, mais la démarche rappelle celle adoptée par la Malaisie avec l’INCEIF, créé en 2005 par la banque centrale du pays pour bâtir, par l’accréditation universitaire, un vivier de cadres dédiés à la finance islamique. L’échelle reste toutefois sans commune mesure : l’INCEIF forme des diplômés reconnus dans plus de 80 pays, quand le master algérien débute avec soixante places pour sa première promotion.

Ce format resserré se retrouve dans les conditions d’accès. L’admission exige une licence et une expérience professionnelle minimale, pour un public ciblé en priorité parmi les cadres du secteur bancaire et financier, de l’assurance et des sociétés cotées en bourse. La formation s’étend sur deux ans, avec un encadrement associant enseignants-chercheurs spécialisés, experts en finance islamique et cadres supérieurs issus de banques et d’institutions financières. Le diplôme est présenté comme un outil pour préparer des compétences nationales capables d’accompagner la diversification des sources de financement de l’économie, à travers des mécanismes hors des circuits traditionnels tels que l’émission des sukuk islamiques. C’est la COSOB elle-même qui établit ce lien, dans le dernier paragraphe de son communiqué initial.

Un sukuk souverain toujours à mi-parcours

L’instrument auquel le master est ainsi rattaché reste loin d’avoir convaincu. Le sukuk souverain Ijara Usufruit a été lancé le 27 janvier 2026 par le Trésor public, pour une collecte visée de 296,65 milliards de dinars, avec une maturité de sept ans et un rendement fixe de 6% exonéré d’impôt. Le lancement effectif était déjà un an après le calendrier initial, un report lié à l’adoption de la loi de finances 2026, nécessaire pour ouvrir le domaine privé de l’État aux sukuk.

La période de souscription, ouverte trois mois, a ensuite été prolongée jusqu’au 30 avril par le ministère des Finances, afin d’élargir la participation des investisseurs. Malgré ce délai supplémentaire, le dépositaire central Algérie Clearing n’enregistrait, au 20 août 2026, que 137,428 milliards de dinars inscrits à son système, soit 46,3% de l’objectif fixé au lancement.

Le rendement de 6% versé aux souscripteurs reste exonéré d’impôt pendant toute la durée de détention, dans le cadre fiscal introduit par la loi de finances 2026 pour les sukuk adossés au domaine privé de l’État.

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