Pour les pays du pourtour méditerranéen et du Moyen-Orient, structurellement dépendants des achats de blé et de denrées de base (Algérie et Égypte), la nouvelle n’est pas anecdotique. Le renchérissement des matières premières agricoles et les à-coups sur les flux logistiques menacent d’alourdir la facture des importations alimentaires — et, avec elle, la pression sur les mécanismes publics de régulation et de soutien aux prix intérieurs.
L’indice mondial des prix alimentaires de la FAO s’établit à 133,3 points en août, contre 130,8 en juillet, selon le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. C’est le plus haut niveau mesuré depuis novembre 2022. Le chiffre reste 17 % en dessous du pic de mars 2022, atteint au déclenchement de la guerre en Ukraine, mais la tendance marque un retour brutal de la prime de risque sur l’ensemble des matières premières agricoles.
Pour l’économiste en chef de la FAO, Máximo Torero, cité par Reuters, les chocs climatiques, les tensions géopolitiques et les ruptures logistiques se combinent désormais pour resserrer en même temps les perspectives de récolte et d’approvisionnement.
Le blé américain confirme la tendance
La lecture de la FAO trouve un écho indépendant du côté américain. Le rapport WASDE d’août 2026, publié le 12 août par le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA), a relevé sa prévision de prix moyen à la ferme pour la campagne 2026/27 à 6,20 dollars le boisseau — une révision à la hausse de 20 cents justifiée par un ratio stocks/utilisation plus tendu.
Le service de recherche économique de l’USDA va plus loin : il prévoit désormais une hausse de 17,1 % des prix du blé à la ferme sur l’ensemble de 2026, avec une fourchette possible allant de 7,9 % à 28,4 %. Les prix à la ferme avaient déjà bondi de 9,3 % entre juin et juillet, et se situaient 25,5 % au-dessus de leur niveau de juillet 2025.
Contrairement à la FAO, qui met l’accent sur le climat et les conflits en mer Noire et au Moyen-Orient à l’échelle mondiale, l’USDA documente une cause plus structurelle : la production totale de blé aux États-Unis a été abaissée à 1,531 milliard de boisseaux, son niveau le plus bas depuis la campagne 1970/71, pénalisée par le recul des surfaces cultivées et une sécheresse persistante dans les Grandes Plaines.
L’offre totale de blé américain est désormais attendue en baisse de 13 % sur un an. Sur les marchés à terme, la tendance se lit aussi dans les cours : début septembre, le blé s’échangeait autour de 7,65 dollars le boisseau, un niveau proche du plus haut depuis février 2023, porté par l’escalade des tensions russo-ukrainiennes.
Deux fronts pèsent sur les approvisionnements
En mer Noire, l’intensification des frappes militaires ralentit les expéditions de blé russe et ukrainien : les stocks s’accumulent dans les ports faute de navires, et les importateurs peinent à sécuriser leurs volumes.
Au Moyen-Orient, l’escalade entre Washington et Téhéran perturbe un autre maillon de la chaîne : la logistique des engrais. Les à-coups sur le transport et la production chimique dans le Golfe font craindre une hausse du coût des intrants pour les prochaines campagnes de semis — donc, en bout de chaîne, sur les prix payés par les pays importateurs.
La récolte mondiale, elle aussi, se réduit
La FAO a par ailleurs abaissé sa prévision de récolte céréalière mondiale pour 2026 à 2,980 milliards de tonnes, soit 3,4 millions de tonnes de moins qu’en juillet et un recul de 2 % sur un an — le plus fort repli annuel depuis 2018. Les stocks mondiaux attendus en clôture de la campagne 2026/2027 ont eux aussi été révisés à la baisse, de 1,1 %, à 947,2 millions de tonnes.
Moins d’offres disponibles, une demande qui ne fléchit pas : c’est ce resserrement qui explique pourquoi chaque composante de l’indice a progressé en août. Le sucre grimpe le plus fort (+11,9 % sur un mois, au plus haut depuis juin 2025), sous l’effet de rendements en baisse dans le centre-sud du Brésil et de craintes climatiques en Europe et en Asie. Les céréales gagnent 2,2 %, à leur plus haut niveau depuis mai 2024. Les huiles végétales avancent de 0,6 %, au plus haut depuis juin 2022, sur fond de menace d’El Niño pour la production d’huile de palme en Asie.
Avec Reuters



