Pétrole : la dette mondiale, trois fois le PIB de la planète, rend ce choc plus dangereux qu’en 1973

« La dette mondiale dépasse aujourd'hui 320 000 milliards de dollars, soit plus de trois fois le produit intérieur brut mondial, un niveau jamais atteint en temps de paix. »

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Le détroit d'Ormuz, par lequel transitait environ 20 % du pétrole mondial, avant sa fermeture le 28 février 2026. © D. R.

Le baril de Brent a franchi les 97 dollars lundi, après un nouvel échange de tirs entre Washington et Téhéran durant le week-end. Une hausse modérée au regard des pics de mars et avril, mais qui intervient, selon l’économiste Abdelrahmi Bessaha, ancien conseiller au FMI, dans un contexte que son étude, consultée par Maghreb Émergent, juge nettement plus fragile que lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979.

L’Opep+ a par ailleurs choisi, ce week-end, de geler sa production pour octobre, la guerre en Iran continuant, selon plusieurs sources proches des discussions citées par Reuters, à réduire d’elle-même la marge de manœuvre du cartel.

Le point de départ de son raisonnement est chiffré. Selon les estimations de l’Institute of International Finance qu’il cite, la dette mondiale, publique et privée confondue, dépasse 320 000 milliards de dollars, soit plus de trois fois le produit intérieur brut mondial. Chaque relèvement durable des taux d’intérêt destiné à contenir l’inflation importée par le pétrole alourdit ainsi immédiatement le service de cette dette, à une échelle sans équivalent dans les années 1970.

Les banques centrales sortent tout juste d’un cycle de resserrement monétaire mené contre l’inflation post-pandémie. Un nouveau choc d’offre les place, selon Bessaha, devant un arbitrage resserré entre taux élevés qui aggravent le ralentissement et baisse des taux qui relance l’inflation, une configuration qu’il rapproche du « spectre de la stagflation ». Du côté budgétaire, l’économiste note que « les marges budgétaires ont été largement consommées depuis 2008, puis pendant la pandémie », au moment même où la facture énergétique remonte pour les pays importateurs.

Une économie déjà ralentie avant le choc

Bessaha rappelle que l’économie mondiale abordait déjà, avant la fermeture d’Ormuz fin février, un ralentissement lié au vieillissement démographique dans plusieurs grandes économies et à la faiblesse persistante des gains de productivité. Le choc pétrolier n’y ajoute pas un retournement brutal, mais un facteur supplémentaire de blocage, dans un contexte de fragmentation géopolitique croissante où le contrôle des routes énergétiques redevient un levier de pression politique. « L’incertitude n’est plus une perturbation passagère, elle devient une caractéristique structurelle de l’économie mondiale », conclut-il.

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