Skechers en Algérie : une bonne nouvelle, mais pas un investissement direct étranger

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Signature de l'accord de partenariat entre Tradifoot et Skechers, ce dimanche 21 juin 2026, sous le parrainage du ministre du Commerce extérieur Kamel Rezig. ©Ministère

L’annonce a été formalisée ce dimanche 21 juin 2026. Sous le parrainage du ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, la SARL algérienne Tradifoot et le géant américain Skechers ont scellé un partenariat pour ériger une usine de chaussures de 22 000 m² à Baba Ali. Ce projet de 10 millions de dollars affiche des objectifs chiffrés précis : la création de 450 emplois au démarrage et jusqu’à 1 500 à l’horizon 2032, pour une capacité à moyen terme de 2 millions de paires par an.

Si la production de l’année initiale ciblera la substitution aux importations en Algérie, dès 2028, l’usine exportera 30 % de ses volumes vers le continent, visant plus de 50 % en 2031. Pourtant, derrière les éléments de langage gouvernementaux célébrant l’attractivité nationale, et tout de même une bonne nouvelle dans la grisaille de la conjoncture, une question macroéconomique fondamentale se pose : s’agit-il d’un véritable investissement direct étranger (IDE) ou d’une simple licence de production sur le modèle de Coca-Cola avec ses embouteilleurs ?

Le transfert de technologie plutôt que le capital

Tout indique, dans les déclarations des deux parties, que le partenaire américain ne prendra aucun risque financier direct dans le capital de l’infrastructure. L’enveloppe de 10 millions de dollars serait donc intégralement mobilisée par l’opérateur national, qui assume seul le risque d’exploitation et la propriété des actifs physiques à Baba Ali. La multinationale américaine, quant à elle, apporte un actif immatériel : son transfert de technologie, ses processus automatisés, ses cahiers des charges industriels et son label de contrôle qualité.

Skechers sera ainsi intéressée au projet à travers des mécanismes classiques de redevances, notamment des royalties généralement fixes par unité vendue, ainsi que des rémunérations de services d’ingénierie et d’assistance technique. Ce schéma, s’il se confirme, va éviter au donneur d’ordre mondial d’exposer ses capitaux propres dans l’environnement macroéconomique algérien, tout en captant une valeur ajoutée garantie sur chaque paire sortant des lignes de montage.

Tradifoot, de la vitrine à l’amont industriel

Pour Tradifoot, ce basculement vers l’industrie constitue l’aboutissement logique d’une trajectoire commerciale maîtrisée. Déjà distributeur exclusif de Skechers, Clarks, Cole Haan ou Ecco, l’entreprise gère un réseau dense d’une trentaine de boutiques à travers le pays sous enseignes officielles et via ses magasins multimarques Footland. Cette fine connaissance du « retail », de la logistique locale et des tendances de consommation offre des garanties professionnelles majeures pour la viabilité du projet.

En décidant de remonter la chaîne de valeur vers l’amont industriel, l’opérateur algérien sécurise ses approvisionnements dans un contexte de forte régulation du commerce extérieur, tout en transformant son savoir-faire commercial en un outil de souveraineté manufacturière.

Protégé en Algérie, exposé en Afrique

Le positionnement de l’usine s’inscrit dans un marché de la chaussure en Algérie en pleine mutation, marqué par une baisse draconienne des importations et une volonté publique de régénérer la filière cuir nationale. Sur ce segment, Skechers jouit d’une forte notoriété axée sur le confort et le « sportswear », une niche intermédiaire très demandée par la classe moyenne urbaine. Ses chances de réussite locale sont donc réelles pour substituer les produits importés.

En revanche, le défi sera plus complexe pour grignoter des parts de marché en Afrique à partir de la plateforme de Baba Ali. Face à la concurrence agressive des produits asiatiques à bas coûts et à l’implantation historique de filières textiles en Afrique de l’Est ou du Nord, le hub algérien devra capitaliser sur les règles d’origine de la ZLECAf et l’automatisation de ses lignes pour garantir des prix ultra-compétitifs à l’export.

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