Algérie -France : le coût politique de l’absence d’ambassadeur à Paris

Même après le retour de l'ambassadeur de France à Alger, l'Algérie continue de se priver d'une présence diplomatique de plein rang dans la capitale française, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, la plus hostile à ses intérêts depuis 1962.

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Ambassade d'Algérie à Paris (DR)

L’élection présidentielle française se joue rarement le jour du vote. Elle se joue dans les six à douze mois qui précèdent : c’est alors que les programmes se solidifient, que les positions se verrouillent, que les alliances se nouent ou se défont, et que les lignes rouges se tracent.

Faire face à l’hostilité de l’extreme droite

Alger est en train de traverser cette fenêtre sans y être. Les équipes des candidats travaillent leurs positions sur l’immigration, l’accord de 1968, la mémoire coloniale ou les accords de coopération, sans interlocuteur algérien de poids avec lequel débattre, négocier, ou simplement échanger. Les positions qui se forment aujourd’hui dans les couloirs de campagne seront celles que le futur président appliquera dès son installation à l’Élysée.

L’Algérie n’a jamais été absente d’une campagne présidentielle française. Mais sa présence a radicalement changé de nature au fil des scrutins, passant de partenaire stratégique assumé à cible électorale privilégiée.

Ce qui rend la situation encore plus urgente, c’est que le scénario électoral est exceptionnellement serré. Les sondages les plus récents placent le Rassemblement national en tête dans toutes les configurations de premier tour, avec des perspectives de second tour inédites. L’Algérie ne peut pas choisir le prochain président français, mais elle peut contribuer à ce que la relation bilatérale soit traitée avec moins d’hostilité, quel que soit le vainqueur.

« Une quinzaine de personnes à la présidence ont les yeux rivés sur CNews, alors que l’Algérie a besoin de prendre la température de la scène politique française directement sur place », confie une source diplomatique à Maghreb Emergent.

Un ambassadeur de poids nommé aujourd’hui aurait encore le temps de rencontrer les conseillers des candidats, d’alimenter le débat public d’une voix institutionnelle algérienne, de protéger la diaspora dans l’espace médiatique et de positionner l’Algérie comme un partenaire, non comme un problème. Ce travail ne peut pas se faire après l’élection. Il doit se faire maintenant.

Ce vide n’est pas le fruit du hasard. Il est un instrument de politique étrangère : Alger signifie à Paris que la relation n’est pas suffisamment stabilisée pour mériter une représentation de plein rang. Le message diplomatique est clair. Mais ses effets collatéraux sont-ils bien calculés ?

Car Paris a, de son côté, envoyé son ambassadeur Stéphane Romatet à Alger dès mai 2026, à l’occasion de la commémoration des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. La France est donc pleinement présente dans la capitale algérienne pendant qu’Alger reste sans interlocuteur de haut niveau dans la capitale française.

Une tradition rompue

Le poste d’ambassadeur à Paris a, dans la tradition diplomatique algérienne, toujours été confié à des personnalités politiques de premier rang. Cette doctrine implicite n’était pas du protocole : c’était de la stratégie.

Redha Malek, Sid Ahmed Ghozali, Abdelhamid Mehri : tous avaient en commun une légitimité qui ne dépendait pas de leur fonction d’ambassadeur, mais qui donnait du poids à cette fonction. Leur présence à Paris ne gérait pas la relation franco-algérienne : elle l’incarnait.

Aujourd’hui, cette génération d’ambassadeurs tend à disparaître. Mais des profils de diplomates compétents peuvent s’y substituer : Paris reste assez stratégique pour justifier l’investissement d’une personnalité de premier rang. C’est précisément parce que la capitale française devient le théâtre de la présidentielle la plus anti-algérienne depuis 1962 que cette nomination revêt toute son importance.

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