C’est un séisme dont les répliques ébranlent déjà le monde du sport, bien au-delà de Lausanne. Jeudi 26 mars 2026, la commission exécutive du Comité International Olympique (CIO), réunie sous la présidence de Kirsty Coventry, a adopté une nouvelle « Politique de protection de la catégorie féminine ». Derrière cet intitulé technocratique se cache un revirement radical, 27 ans après l’abandon des tests de féminité systématiques. Le CIO réintroduit des tests génétiques pour toutes les athlètes s’inscrivant dans les épreuves féminines. Le critère d’éligibilité est désormais strict : l’absence du gène SRY, responsable du développement des caractéristiques masculines. Si cette mesure n’est pas rétroactive — préservant ainsi la médaille d’or historique obtenue par Imane Khelif à Paris 2024 — ses conséquences pour l’avenir de la championne algérienne sont dévastatrices. Les recherches médicales et les polémiques passées ont établi que l’athlète de Tiaret présente une variation du développement sexuel incluant ce gène SRY. De fait, bien qu’elle soit née femme, ait été élevée comme femme et ait un passeport féminin, Imane Khelif se voit de facto barrer la route des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028 par cette nouvelle grille de lecture biologique.
Le « diktat » de Washington sur Lausanne
La réaction de Donald Trump ne s’est pas fait attendre. Quelques heures seulement après l’annonce du CIO, le président américain s’est fendu d’un message triomphaliste sur son réseau Truth Social, saluant une « victoire massive pour l’équité et pour les FEMMES ». Le locataire de la Maison Blanche a réaffirmé son engagement de campagne de « protéger le sport féminin », martelant que « nous ne laisserons plus JAMAIS des hommes participer aux compétitions de femmes ». Si la nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry, tente de présenter cette décision comme une nécessité scientifique et une harmonisation post-Paris 2024, le lien de cause à effet avec la politique de l’administration Trump est évident. Dès son retour au pouvoir en 2025, Trump avait signé le décret “Keeping Men Out of Women’s Sports”, menaçant de couper les fonds fédéraux et surtout de refuser les visas d’entrée aux États-Unis aux athlètes transgenres ou intersexes ne correspondant pas à sa définition stricte du sexe biologique. Face à la perspective d’un chaos logistique et diplomatique à Los Angeles, le CIO a cédé à la pression politique de Washington, transformant la « protection de la catégorie féminine » en une barrière d’entrée sur le territoire américain.
Un imbroglio juridique et éthique sans précédent
Ce “retour à la biologie” décrété par le CIO et adoubé par Trump ouvre la voie à un imbroglio juridique et éthique monumental. La généralisation de tests génétiques intrusifs, abandonnés en 1999 car jugés humiliants et non éthiques, heurte frontalement la législation de nombreux pays, notamment en Europe, qui interdisent de telles pratiques sans nécessité médicale avérée. Cela compliquera l’organisation de tournois qualificatifs olympiques sur le sol de ces pays. De plus, la définition même de la femme par le seul gène SRY fait débat au sein de la communauté scientifique, occultant la complexité de la biologie humaine. Pour une athlète comme Imane Khelif, érigée en symbole national en Algérie, les voies de recours semblent infimes. Bien que le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) puisse être saisi, le CIO a verrouillé sa nouvelle réglementation en la présentant comme une règle “technique” d’éligibilité, difficilement contestable sur le fond. Pour la championne algérienne, qui a survécu à un lynchage médiatique planétaire à Paris, cette décision administrative, dictée par la politique américaine, sonne le glas de ses espoirs de doubler la mise à Los Angeles.



