Top départ pour la campagne électorale en prévision des élections locales du 28 novembre prochain. La campagne électorale pour ce scrutin débute officiellement ce jeudi 5 novembre. Les candidats aux Assemblées populaires communales et de wilayas disposent ainsi de vingt jours, soit jusqu’au 24 novembre prochain, pour tenter de convaincre les électeurs et mobiliser leurs réseaux dans les différentes circonscriptions du pays.
Selon les chiffres communiqués par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), le nombre de candidats a progressé par rapport aux précédentes élections locales de novembre 2021. Pour les APW, 21 476 candidats sont en lice, contre 18 910 lors du précédent scrutin, soit une augmentation de 13,56 %. Le nombre de listes déposées est passé de 430 à 434.
La progression est plus importante pour les APC. L’ANIE fait état de 141 388 candidats, contre 115 230 en 2021, soit une hausse de 22,70 %. En revanche, le nombre de listes enregistrées a légèrement diminué, passant de 5 848 à 5 631. Au total, 2 855 sièges sont à pourvoir dans les APW et 26 575 dans les APC.
Ces données traduisent une augmentation du nombre de candidatures, mais ne renseignent pas sur la répartition des listes entre les différentes formations politiques. Jusqu’ici, plusieurs partis n’ont pas communiqué avec précision le nombre de listes qu’ils ont réussi à présenter à travers le pays. Ce silence peut s’expliquer par des difficultés internes, notamment les arbitrages et les tensions liés à la confection des candidatures, mais aussi par les contraintes rencontrées sur le terrain.
Car la constitution des listes n’a pas été une tâche aisée pour les formations politiques. Certaines ont éprouvé de grandes difficultés à trouver des candidats disposés à s’engager dans la compétition, au point que des appels ont été lancés sur les réseaux sociaux pour solliciter d’éventuels postulants. À ces difficultés se sont ajoutées les décisions de rejet de nombreuses candidatures par l’ANIE, contestées par plusieurs partis qui ont dénoncé des pratiques qu’ils jugent arbitraires et pénalisantes pour la participation politique.
Une abstention qui pèse sur la compétition
Si les élections locales suscitent traditionnellement davantage d’intérêt que la présidentielle ou les législatives, en raison de leur proximité avec les préoccupations quotidiennes des citoyens, le scrutin du 28 novembre intervient dans un contexte politique particulier. Depuis la fin du Hirak et la désillusion qui a suivi, les Algériens manifestent en effet une défiance persistante envers les institutions élues et les processus électoraux.
Le désintérêt s’est notamment traduit par les faibles taux de participation enregistrés lors des dernières consultations nationales. Le référendum constitutionnel, les élections présidentielles et les législatives ont tous été marqués par une abstention importante. Lors des législatives de juillet dernier, la participation officielle a été de seulement 21, 24 %.
Les partis politiques ont d’ailleurs été confrontés à cette désaffection dès la phase de préparation du scrutin. Trouver des candidats acceptant de figurer sur les listes, et surtout de s’investir dans une campagne électorale, s’est révélé particulièrement difficile pour plusieurs formations. Cette situation témoigne du fossé qui s’est creusé entre une partie de la population et les organisations politiques, dont la capacité de mobilisation semble s’être considérablement érodée.
À cela s’ajoutent les contestations suscitées par les rejets de candidatures. Plusieurs formations ont dénoncé les décisions de l’ANIE, estimant que les conditions de validation des listes ont parfois entravé leur participation. Ces controverses ont davantage compliqué la préparation d’un scrutin censé renouveler les assemblées locales.
Il reste que les élections communales et de wilayas présentent une particularité qui les distingue des consultations nationales. Le choix des électeurs ne repose pas uniquement sur l’appartenance politique ou l’adhésion à un programme. La notoriété des candidats, leur implantation locale, les liens familiaux, les réseaux de proximité et parfois les solidarités tribales peuvent jouer un rôle déterminant dans les résultats.
C’est notamment ce facteur qui explique que les élections locales enregistrent généralement une participation supérieure à celle des législatives ou de la présidentielle. Les électeurs peuvent être peu intéressés par les grandes formations politiques ou les enjeux nationaux, tout en accordant de l’importance au choix de leurs représentants dans leur commune ou leur wilaya, dont les décisions ont une incidence directe sur leur quotidien.
La gestion locale, un lourd handicap pour les candidats
Pour autant, la compétition s’annonce laborieuse pour l’ensemble des formations politiques. Au-delà de la désaffection électorale et des difficultés de constitution des listes, les candidats devront composer avec le discrédit qui frappe une partie des élus locaux, après les nombreux scandales de corruption et les affaires ayant impliqué des responsables d’APC et d’APW.
La gestion des collectivités locales, souvent associée aux problèmes d’urbanisme, de distribution des logements, de foncier, d’assainissement et de développement local, a considérablement entamé la confiance des citoyens dans leurs représentants. Les affaires judiciaires ayant concerné plusieurs élus ont renforcé cette perception d’une gestion locale parfois davantage tournée vers les intérêts personnels que vers le service public.
Dans ces conditions, les candidats ne devront pas seulement convaincre les électeurs de la pertinence de leurs programmes. Ils devront aussi se démarquer de certains partis dont l’image a été sérieusement écornée par les pratiques de certains de leurs représentants.
L’enjeu de ces élections dépasse donc le simple renouvellement des assemblées communales et de wilayas. Il s’agit aussi de mesurer la capacité des partis à retrouver une implantation locale, à mobiliser un électorat désabusé et à convaincre les citoyens que les institutions élues peuvent encore constituer un instrument de changement dans la gestion de leurs affaires quotidiennes.



