Des milliers de personnes ont manifesté samedi 17 octobre dans le centre de Tunis contre le président Kaïs Saïed, lors d’un rassemblement présenté par la presse comme le plus important organisé contre le chef de l’État depuis plusieurs années.
À l’appel de neuf organisations syndicales et de la société civile, la marche a porté sur la défense des libertés publiques, l’indépendance de la justice, les droits sociaux et la dégradation de la situation économique.
La mobilisation s’est déroulée sur l’avenue Habib-Bourguiba, lieu emblématique des manifestations qui avaient accompagné la révolution tunisienne de 2011. Elle a réuni des représentants de syndicats, d’organisations de défense des droits humains, d’avocats, de journalistes et de partis d’opposition, dans une démonstration d’unité entre des composantes aux sensibilités différentes.
Neuf organisations à l’origine de l’appel
L’initiative a été annoncée le 29 septembre, à l’issue d’une réunion de coordination tenue au siège central de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), principale centrale syndicale du pays. Le communiqué commun des organisations signataires faisait état de la dégradation de la situation générale, marquée par des crises économiques et sociales ainsi que par des difficultés croissantes concernant les droits et les libertés.
Outre l’UGTT, l’appel a été signé par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), l’Ordre national des avocats de Tunisie (ONAT), la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH), le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM), l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) et l’Union des diplômés chômeurs (UDC).
Ces organisations ont choisi de porter leurs revendications dans la rue autour du slogan « Travail, liberté, dignité nationale ». Leur appel associe des préoccupations sociales — emploi, pouvoir d’achat et accès aux services publics — à des exigences relatives aux libertés individuelles et collectives, à l’indépendance de la justice et au respect des droits fondamentaux.
Cinq ans après le tournant politique de 2021
La mobilisation intervient dans un contexte de tensions persistantes autour de la gouvernance de Kaïs Saïed. Le 25 juillet 2021, le président avait suspendu les travaux du Parlement, avant de concentrer progressivement les pouvoirs exécutif et législatif. Il avait ensuite dissous l’Assemblée et engagé une refonte institutionnelle. Ses opposants ont qualifié cette évolution de rupture avec le processus démocratique issu de la révolution de 2011.
Depuis, des organisations de défense des droits humains et des acteurs politiques, syndicaux et médiatiques dénoncent des restrictions des libertés, des poursuites contre des opposants et des pressions sur la société civile. Les autorités rejettent les accusations selon lesquelles les procédures judiciaires seraient motivées par des considérations politiques. Kaïs Saïed présente, de son côté, son action comme une lutte contre la corruption et les réseaux qui entravent le fonctionnement de l’État.
Les préoccupations économiques et sociales constituent un autre ressort de la mobilisation. La Tunisie est confrontée à une crise économique persistante, à la dégradation de plusieurs services publics, à des coupures récurrentes d’eau et d’électricité et à des pénuries de médicaments et de produits essentiels. Le chômage, la précarité et les difficultés de pouvoir d’achat alimentent également le mécontentement.
Pour les organisations initiatrices, ces difficultés ne peuvent être dissociées des questions politiques et institutionnelles. Elles réclament notamment le respect des droits syndicaux, la garantie des libertés publiques et individuelles et l’indépendance de la justice.
Une convergence qui reste à confirmer dans la durée
L’un des faits marquants de la marche du 17 octobre réside dans la participation conjointe de plusieurs composantes de l’opposition, aux côtés de syndicats et d’organisations de la société civile. Les médias soulignent que cette mobilisation figure parmi les plus importantes manifestations organisées contre Kaïs Saïed depuis plusieurs années.


