61ᵉ Assemblée de la BAD : un déficit de 402 milliards de dollars en toile de fond

Du 25 au 29 mai 2026, la capitale congolaise accueille les 61ᵉ Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement. Premier rendez-vous statutaire pour le président mauritanien depuis sa prise de fonctions le 1ᵉʳ septembre 2025, l'événement se tient sous une tension financière inédite : un déficit annuel de 402 milliards de dollars à combler pour soutenir la transformation structurelle du continent.

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Sidi Ould Tah après son élection à la tête du Groupe de la Banque africaine de développement, Abidjan, 29 mai 2025.

Neuf mois après sa prise de fonctions à la tête de la BAD, Sidi Ould Tah hérite d’une Assemblée à haut risque diplomatique. La 61ᵉ session du Conseil des gouverneurs s’ouvre lundi 25 mai à Brazzaville, doublée de la 52ᵉ session du Fonds africain de développement (FAD), guichet concessionnel de l’institution. Le thème retenu, « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », tient autant du diagnostic que de l’aveu.

Les chiffres avancés par la Banque dans son propre dossier de presse donnent la mesure du fossé. L’Afrique aurait besoin de plus de 1 300 milliards de dollars par an pour atteindre les Objectifs de développement durable à l’horizon 2030. Le déficit d’infrastructures oscille entre 184 et 221 milliards de dollars annuels. Celui du financement climatique frôle les 213,4 milliards. La transformation structurelle, elle, en réclamerait 402,2 milliards par an. Face à ce mur, l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers reculent, le coût du capital grimpe, et plusieurs pays industrialisés réorientent leurs budgets vers leurs propres priorités militaires et industrielles.

« Une véritable transformation »

L’arrivée du Mauritanien à Abidjan n’avait rien d’anodin. Élu le 29 mai 2025 avec 76,18 % des voix dès le troisième tour, contre quatre autres candidats, l’ancien président de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) avait obtenu le score le plus élevé jamais enregistré pour un premier mandat dans l’histoire de l’institution. À peine trois mois après sa prise de fonctions, il bouclait à Londres la 17ᵉ reconstitution du Fonds africain de développement, levant 11 milliards de dollars auprès de 43 partenaires. Un record absolu sur les 53 ans d’existence du Fonds, en hausse de 23 % par rapport au cycle précédent.

Détail moins souvent commenté : 24 pays africains se sont engagés à hauteur de 180 millions de dollars environ pour ce FAD-17, dont une vingtaine pour la première fois. Le précédent cycle n’en comptait que cinq. « Ce n’est pas symbolique. C’est une véritable transformation. L’Afrique n’est plus seulement bénéficiaire de financements concessionnels », faisait valoir Ould Tah à Londres, le 18 décembre 2025.

La séquence donne le ton de Brazzaville. Le rapport « Perspectives économiques en Afrique 2025 », publié par la BAD elle-même, estime que le continent dispose d’un potentiel de mobilisation interne d’environ 1 430 milliards de dollars par an, à condition de combler les pertes de recettes fiscales et d’améliorer la gouvernance institutionnelle. Un montant supérieur, sur le papier, aux besoins annuels pour atteindre les ODD. Encore faut-il que les systèmes financiers africains soient en mesure de capter cette ressource.

Le Congo en hôte, l’agriculture en vitrine

Le choix de Brazzaville n’est pas neutre. Au 30 avril 2026, le portefeuille de la Banque au Congo comptait neuf opérations pour un engagement total de 80 millions d’unités de compte, environ 112 millions de dollars. L’agriculture y pèse 93 %, portée par le Projet de développement intégré des chaînes de valeur agricoles (PRODIVAC), financé à hauteur de 94 millions de dollars. Un portefeuille modeste à l’échelle du continent, mais cohérent avec la trajectoire du pays hôte, dont les recettes pétrolières s’érodent et dont la diversification reste un horizon plus qu’une réalité.

La République du Congo aura aussi sa propre vitrine. Mercredi 27 mai à 14h30, dans la salle plénière Mfoa, un événement de partage de connaissances dédié au pays sera consacré aux infrastructures énergétiques et de transport durables, levier affiché de l’intégration africaine. La même semaine se tient la première table ronde des bailleurs de fonds pour le Plan d’investissement du Fonds bleu pour le bassin du Congo, dossier porté de longue date par Brazzaville à l’échelle internationale.

Les rendez-vous à suivre

L’agenda de Brazzaville s’articule autour de cinq événements de connaissance majeurs, tous calés sur la salle plénière Mfoa. Le mardi 26 mai à midi, lancement du rapport « Perspectives économiques en Afrique 2026 », document de référence qui doit fixer l’ordre du jour analytique. Mercredi à 16h30, table sur le renforcement des systèmes financiers africains. Jeudi à 9h, séquence sur la mobilisation des capitaux à grande échelle, suivie l’après-midi d’une session consacrée au dividende démographique. Vendredi 29 mai à 9h, la dernière journée mettra l’accent sur la valorisation du capital naturel africain, biodiversité et crédits carbone compris, avant la cérémonie de clôture à 13h30 et la conférence de presse finale à 14h45 au centre des médias.

Le panel présidentiel, mardi à 11h, constituera l’un des moments politiques les plus suivis. Plus tôt dans le programme, lundi 25 mai, une « Journée de l’Afrique » est inscrite à 14h30, tenue africaine encouragée, tandis qu’un groupe de travail de haut niveau sur la réforme de l’architecture financière, conduit avec la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, ouvrira la semaine à midi sous la tente cuvette Ouest.

Le pari démographique

L’argument démographique structure une partie du discours officiel. La population africaine devrait passer de 1,5 milliard d’habitants en 2025 à environ 2,5 milliards en 2050, avec un âge médian de 19 ans, contre 34,7 en Asie et 43 en Europe. Le continent abrite par ailleurs près de 60 % des terres arables restantes au monde, plus de 30 % des gisements de minéraux et 45 % du potentiel technique mondial en énergies renouvelables.

Restent les faiblesses structurelles. Marchés financiers étroits, agences de notation peu compétitives, intégration régionale embryonnaire. C’est précisément la matière de Brazzaville : convaincre les actionnaires que la BAD peut servir de levier crédible pour optimiser les bilans, déployer du financement mixte et nouer des partenariats productifs avec les capitaux du Golfe, asiatiques et européens, sans dépendre des seuls bailleurs traditionnels.

Sur ce terrain, le Mauritanien a un atout. Son passage à la BADEA, où il a quadruplé le bilan et obtenu la notation AAA, lui a forgé un carnet d’adresses dense dans les capitales arabes. Le cofinancement de 800 millions de dollars annoncé par la BADEA en marge du FAD-17, et l’engagement de 2 milliards du Fonds de l’OPEP pour le développement international, en sont les premiers signes tangibles.

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