La compagnie britannique Sound Energy a rejoint, dans la matinée du mardi 4 août 2026, la liste des compagnies pétrolières et gazières s’étant retirées du Maroc, à travers un accord de cession définitif conclu au profit du groupe marocain Managem, selon une analyse publiée par la plateforme spécialisée Al-Taqa, signée par son rédacteur en chef Abderrahmane Salah.
De 2017 à 2026 : un retrait continu
Le mouvement de retrait des compagnies pétrolières et gazières du Maroc a débuté en 2017, avec le désengagement de l’irlandaise Circle Oil. Depuis, au moins 7 compagnies étrangères ont quitté le marché marocain : Circle Oil, irlandaise (2006-2017) ; Gulfsands, britannique (2013-2017) ; Europa Oil & Gas, britannique (2020-2022) ; SDX Energy, britannique (entrée en 2017, disparue du paysage depuis 2024) ; Energean, grecque (avril 2024-mai 2025) ; Genel Energy, britannique (2014-mai 2025) ; et Sound Energy, britannique (2015-août 2026).
Selon l’analyse, toutes ces compagnies sont de nationalité britannique, à l’exception de deux d’entre elles : la grecque Energean et l’irlandaise Circle Oil.
Des découvertes avérées, mais restées sans développement
L’analyse souligne que la plupart des compagnies retirées avaient effectivement réalisé des découvertes de pétrole et de gaz au cours de la dernière décennie, avant d’échouer à mobiliser le financement nécessaire ou à convaincre des partenaires pour poursuivre le développement de ces gisements. Parmi les exemples cités : la découverte de gaz dans le permis de « Sebou onshore » en 2014 par Circle Oil, puis une découverte pétrolière sur le même site en 2015 par Gulfsands, et enfin une nouvelle découverte de gaz en septembre 2023 par SDX Energy après le forage du puits « KSR-21 » — sans qu’aucune de ces découvertes n’ait fait l’objet d’une annonce officielle sur le volume des réserves.
L’analyse revient également sur le cas du gisement d’Inezgane, dans le bassin d’Agadir, où la britannique Europa Oil & Gas avait obtenu fin 2020 un permis d’exploration, évoquant alors des réserves potentielles pouvant atteindre 10 milliards de barils de pétrole, avant d’annoncer son retrait environ deux ans plus tard, après avoir échoué à trouver un partenaire pour financer les opérations de forage.
Des déclarations contradictoires sur l’ampleur des réserves
L’analyse relève un écart notable entre les estimations officielles et institutionnelles concernant les réserves marocaines de pétrole et de gaz. Alors que certaines sources évaluaient les réserves du gisement offshore d’Anchois, découvert en 2009, à environ 1.400 milliards de pieds cubes de gaz, le communiqué de retrait d’Energean en 2025 indiquait que les résultats du puits « Anchois-3 » étaient inférieurs aux attentes, la compagnie n’ayant espéré découvrir que des quantités commerciales de l’ordre de 30 milliards de mètres cubes.
L’analyse cite également deux déclarations contradictoires du directeur général de Sound Energy, Graham Lyon : la première, en août 2024, dans laquelle il estimait que le Maroc avait besoin de ce qu’il a qualifié de « miracles » pour devenir un leader mondial du gaz, compte tenu de la faiblesse des réserves découvertes ; et la seconde, six mois plus tard seulement, en février 2025, dans laquelle il affirmait que le potentiel géologique du Maroc « pourrait dépasser 20.000 milliards de pieds cubes de gaz ».
Des causes davantage géologiques qu’liées au climat des affaires
L’analyse écarte l’hypothèse selon laquelle le climat d’investissement serait à l’origine de ces retraits répétés, rappelant que les compagnies étrangères obtiennent généralement 75 % des parts dans les permis d’exploration du secteur des hydrocarbures, contre 25 % pour l’État, représenté par l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM).
Elle privilégie plutôt une explication géologique, liée à des problèmes récurrents d’infiltration d’eau dans la plupart des puits, ainsi qu’à la présence de quantités importantes d’argile difficiles à maîtriser durant le forage, provoquant à terme l’obstruction de réservoirs profonds de pétrole ou de gaz. L’analyse note par ailleurs que la majorité des compagnies retirées, ou même celles encore actives dans le secteur, sont des compagnies de taille modeste et d’expérience limitée, à l’exception notable de la grecque Energean — plaidant ainsi pour l’attraction de majors internationales disposant de l’expertise et de la technologie nécessaires pour appréhender la nature géologique du sous-sol marocain.
Des chiffres officiels dispersés sur les réserves
Selon plusieurs sources citées dans l’analyse, les réserves marocaines de schiste bitumineux sont estimées à environ 53 milliards de barils par l’Office national des hydrocarbures et des mines, tandis que l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) évalue les réserves de gaz de schiste dans les bassins de Tindouf et Tadla à environ 20.000 milliards de pieds cubes, et celles de pétrole de schiste à environ 200 millions de barils. Quant aux réserves de gaz conventionnel, elles sont estimées, selon le magazine Oil & Gas Journal, à 51 milliards de pieds cubes à fin 2023, contre 684 millions de barils pour les réserves de pétrole conventionnel sur la même période.

