Son analyse ne prédit ni une crise imminente ni un retour brutal à la « planche à billets » de la période 2017-2019. Elle invite plutôt à comprendre les mécanismes permettant à l’État de couvrir son besoin de financement et les conséquences qu’un recours accru à certains instruments pourrait avoir à moyen terme.
L’économiste rappelle d’abord qu’un déficit budgétaire traduit un écart entre les dépenses de l’État et ses recettes fiscales ou pétrolières, un besoin qui doit être couvert par des ressources de financement. En Algérie, le Trésor émet des bons et des obligations souscrits en majorité par les banques commerciales. Tant que ces achats s’appuient sur une épargne préexistante, le financement reste classique et n’entraîne pas, en principe, de création monétaire.
Un mécanisme triangulaire
Cependant, le système repose sur un mécanisme triangulaire reliant le Trésor public, les banques commerciales et la Banque d’Algérie. Les banques souscrivent aux titres publics puis les mobilisent auprès de la Banque d’Algérie pour obtenir de la liquidité, ce qui leur permet de reconstituer leurs marges de manœuvre et de participer aux nouvelles émissions de dette publique.
Pour Omar Berkouk, l’élément d’attention majeur réside dans la modification des règles encadrant les avances directes de la Banque d’Algérie au Trésor, dont le plafond légal a été relevé de 10 % à 20 % des recettes budgétaires annuelles, y compris les recettes d’hydrocarbures. Selon lui, ce relèvement ouvre la possibilité d’un recours plus important à ce mécanisme. Si ce levier était utilisé de manière croissante, le financement du déficit pourrait reposer davantage sur la création monétaire que sur une épargne préexistante, ce qui caractérise la monétisation du déficit.
Pour Omar Berkouk, c’est précisément à ce stade que peut apparaître le risque d’une « monétisation structurelle » du déficit. L’expression peut sembler technique, mais son principe est simple : au lieu de financer durablement ses dépenses grâce à l’épargne disponible dans l’économie ou à des recettes supplémentaires, l’État devient progressivement dépendant de l’argent créé par la Banque d’Algérie. À court terme, ce mécanisme permet de continuer à financer les dépenses publiques. Mais s’il s’installe dans la durée, il peut fragiliser la confiance dans la monnaie, alimenter les tensions inflationnistes et rendre plus difficile le retour à des finances publiques équilibrées.
Selon l’économiste, cette évolution risque également d’inciter les banques à consacrer une part croissante de leurs ressources au financement de l’État plutôt qu’au crédit destiné aux entreprises, avec des conséquences possibles sur l’investissement, la création d’emplois et la diversification de l’économie.
Entre risques inflationnistes et éviction du secteur productif
Selon les projections présentées dans la note, la masse monétaire (M2) poursuivrait sa progression, passant de 22 964 milliards de dinars en 2022 à plus de 28 500 milliards à la fin de 2025, pour dépasser 30 800 milliards de dinars en 2026. L’économiste rappelle que lorsque la création monétaire progresse plus rapidement que la production réelle de biens et de services, des tensions inflationnistes peuvent apparaître, en particulier dans une économie fortement dépendante des importations.
Toujours selon son analyse, après avoir culminé autour de 9,3 % en 2022 et 2023 puis reculé jusqu’à environ 1,8 % à la fin de 2025, l’inflation montrerait des signes de reprise en 2026. Omar Berkouk souligne que le Fonds monétaire international recommande d’éviter le financement monétaire des besoins de trésorerie de l’État.
La note met également en évidence un effet d’éviction susceptible d’affecter l’économie productive. Les titres du Trésor offrant aux banques un placement rémunérateur et perçu comme peu risqué, celles-ci peuvent être incitées à privilégier le financement de l’État plutôt que celui des entreprises.
Les estimations présentées par Omar Berkouk montrent qu’entre 2022 et 2026, les crédits à l’économie progresseraient de 10 115 milliards à environ 13 032 milliards de dinars. Dans le même temps, les crédits nets à l’État augmenteraient de près de 11 800 milliards à plus de 25 300 milliards de dinars, soit un rythme de progression nettement supérieur. L’auteur précise toutefois que ces données pour les années récentes et projetées constituent des estimations destinées à illustrer les tendances et devront être confrontées aux prochaines publications officielles de la Banque d’Algérie.
Sans présenter ce scénario comme une évolution inéluctable, Omar Berkouk estime que la convergence de ces différents indicateurs justifie une vigilance accrue. Au terme de son analyse, il considère que le principal défi des finances publiques algériennes n’est plus seulement de financer le déficit, mais de le faire sans fragiliser la stabilité monétaire ni détourner durablement les banques du financement de l’économie productive.


