Algérie : une application pour dénoncer la corruption, mais le défi de la confiance demeure

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application Ballighna (DR)
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La lutte contre la corruption passe désormais par le smartphone. La Haute Autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption (HATPLC) a annoncé, ce mercredi, le lancement d’une nouvelle application mobile baptisée « Allô Ballighna » (« Allô, signalez-nous »), destinée à permettre aux citoyens de signaler directement des faits présumés de corruption, rapporte le quotidien El Khabar. Une nouvelle étape dans la stratégie de numérisation des mécanismes de dénonciation, qui pose néanmoins une question essentielle : les Algériens seront-ils prêts à s’en saisir ?

Dans une vidéo explicative diffusée sur sa chaîne YouTube, la HATPLC détaille le fonctionnement de l’application. Après son téléchargement, l’utilisateur doit créer un compte personnel avant de pouvoir déposer un signalement. Le système l’invite ensuite à renseigner les informations relatives aux faits dénoncés, à identifier, le cas échéant, les personnes ou organismes concernés et à joindre tout document susceptible d’étayer ses accusations. L’Autorité assure que chaque signalement sera traité par les services compétents conformément aux procédures prévues par la loi.

Cette application vient compléter les canaux déjà mis en place par la HATPLC, qui recevait jusqu’à présent les dénonciations par courrier, courrier électronique, dépôt physique ou via une plateforme numérique dédiée. En facilitant les démarches depuis un téléphone portable, les autorités espèrent encourager davantage de citoyens à signaler les pratiques illicites.

Une institution appelée à jouer un rôle central

Créée en application de l’article 204 de la Constitution et régie par la loi 22-08, la Haute Autorité est chargée d’élaborer et de suivre la stratégie nationale de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption. Elle exerce également des missions de sensibilisation, d’évaluation des risques, de réception des signalements, de contrôle des déclarations de patrimoine de certaines catégories de responsables publics et de transmission à la justice des dossiers présentant des indices d’infractions.

Ces derniers mois, son activité s’est intensifiée. L’institution a notamment publié un guide juridique et institutionnel de référence consacré à la lutte contre la corruption afin d’unifier les pratiques et de mieux faire connaître le dispositif national.

Elle a également multiplié les partenariats avec différentes administrations. Début juin, une convention de coopération a été conclue avec le ministère de l’Agriculture afin de renforcer la transparence dans l’attribution des licences et de généraliser la numérisation des procédures administratives. Quelques mois auparavant, un accord similaire avait été signé avec l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) pour promouvoir les principes de bonne gouvernance dans le secteur de l’investissement.

Sur le plan opérationnel, la HATPLC affirme également avoir examiné plusieurs dizaines de signalements depuis le début de l’année et transmis plusieurs dossiers à la justice lorsqu’ils comportaient des indices sérieux de corruption.

Une corruption toujours profondément enracinée

Le lancement de cette application intervient dans un contexte où la corruption demeure l’un des principaux sujets de préoccupation de l’opinion publique. Depuis 2019, les autorités ont engagé une vaste campagne judiciaire qui a conduit à la condamnation ou aux poursuites de nombreux anciens ministres, hauts responsables, hommes d’affaires et dirigeants d’entreprises publiques. Les procès liés aux affaires de l’ancien régime ont permis la récupération d’une partie des avoirs détournés et donné lieu à de lourdes peines de prison.

Pour autant, ces actions peinent encore à convaincre une partie des citoyens que les pratiques de corruption ont véritablement reculé. Les critiques portent notamment sur la persistance de la bureaucratie, le manque de transparence dans certains secteurs économiques, les difficultés d’accès à l’information publique et la perception d’une justice parfois sélective.

C’est précisément dans cette optique que les autorités misent désormais sur la prévention, la numérisation des procédures administratives et l’implication des citoyens, afin de limiter les contacts directs entre administrés et administration, souvent considérés comme des facteurs favorisant les pratiques illicites.

L’application « Alo Ballighna » pourrait ainsi constituer un nouvel outil utile pour recueillir des informations de terrain et renforcer la détection des actes de corruption. Mais son efficacité dépendra avant tout de la confiance que lui accorderont les citoyens, de la protection effective des lanceurs d’alerte et de la capacité des institutions à traiter les signalements avec impartialité et diligence.

Au-delà des outils numériques, une interrogation demeure. La lutte contre la corruption peut-elle produire des résultats durables sans une justice pleinement indépendante, capable de poursuivre tous les responsables quels que soient leur rang ou leur influence, et sans une presse libre, en mesure d’enquêter, de révéler les dysfonctionnements et d’exercer un véritable rôle de contre-pouvoir ? C’est sans doute sur ces deux terrains que se jouera, à long terme, la crédibilité de la politique anticorruption engagée en Algérie.

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