L’asphyxie financière et les mises en demeure pour « information erronée » rythment le quotidien des médias algériens, où la dépendance à la publicité publique via l’ANEP sert d’outil de pression contre les voix critiques. Ces pratiques, combinées à une répression judiciaire, poussent de nombreux journalistes vers l’a clandestinité’informel puis la prison, illustrant un étau qui étouffe la liberté d’expression.
El Watan au bord du gouffre, l’ONJA reclame des inspections du travail
Le cas du quotidien francophone El Watan tire depuis des mois la sonnette d’alarme, illustre cette situation. En juillet 2025, un communiqué officiel dénonçait une « menace de disparition » après la suspension des annonces ANEP, pour des articles jugés critiques. Résultat : une centaine de salariés sans salaires , et une mise en demeure ministérielle en janvier 2026 pour « information erronée » à cause d’un titre sur le Code de la route, vient boucler la boucle.
L’ONJA (Organisation nationale des journalistes algeriens), a dénoncé en mars 2026 des retards massifs de salaires dans plusieurs rédactions, réclamant des inspections du travail pour violations des droits salariaux. Les médias numériques indépendants, dépendants de pubs privées limitées, peinent face à l’emprise ANEP sur 90% des revenus publicitaires, utilisée comme levier politique.
Journalistes derrière les barreaux
La répression dépasse les atteintes financières. Hassane Bouras, a été réincarcéré le 12 avril 2026 à El Bayadh pour « apologie du terrorisme » après un parcours jalonné de détentions sous Bouteflika et le Hirak. Hassane Bouras a rejoint la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme face au silence de la corporation qui ne lui reconnaît pas le statut de journaliste. Cette nouvelle arrestation coïncide avec la visite du pape Léon XIV, lequel a exhorté les autorités à écouter la société civile. Une preuve supplémentaire que le logiciel des autorités algériennes ne capte que les discours avantageux à la politique gouvernementale.
Abdelwakil Blamm croupit en détention provisoire dans un silence total de la corporation, ses pairs ne le reconnaissant pas pleinement comme journaliste. Reste le cas le plus embarrassant : Christophe Gleizes, reporter français, purge une peine de 7 ans . un précédent dans l’histoire de l’Algérie indépendante. Entré au pays avec un visa touristique, il se retrouve en prison pour « apologie du terrorisme » et autres accusations. Les médias algériens passent cette affaire sous silence, tandis qu’en France, elle fait l’actualité politique et que des personnalités influentes pressent le président Tebboune de le gracier.
Un autre cas d’école : Saad Bouakba, doyen des journalistes algériens âgé de 80 ans, purge une peine avec sursis à son domicile, interdit d’écriture et limité dans ses mouvements. Les services de sécurité l’empêchent même d’accéder à la salle d’audience lors du procès d’Abdelwakil Blamm, renvoyé au 14 mai 2026.
Un modèle économique introuvable
Face à l’interdiction tacite de financements privés et à une ANEP sous tutelle présidentielle, quel avenir pour la presse ? Le Fonds d’aide inscrit à la loi de finances 2025, annoncé le 3 mai, reste lettre morte. Une stratégie de digitalisation est en gestation, mais sans diversification des revenus, les médias indépendants devenuent presque inexistants.
RSF dénonce un « système de répression généralisée » où précarité rime avec silence forcé. “L’Algérie nouvelle” saura-t-elle libérer sa presse ?


